Culture cellulaire et VIH : attention aux artefacts !

Culture cellulaire et VIH : attention aux artefacts !

P53-MDM2, cible d’un nouvel anti-tumoral Le gène suppresseur de tumeur p53 joue un rôle essentiel dans le blocage du processus tumoral. La protéine P5...

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P53-MDM2, cible d’un nouvel anti-tumoral Le gène suppresseur de tumeur p53 joue un rôle essentiel dans le blocage du processus tumoral. La protéine P53, qui est activée en particulier lorsque les cellules sont exposées à des stress génotoxiques, contrôle plusieurs voies cellulaires intervenant dans l’induction de l’apoptose, la réparation de l’ADN et le contrôle du cycle cellulaire. À ce titre, elle agit comme l’un des principaux garde-fous cellulaires en prévenant l’entrée des cellules dans le processus tumoral. Le gène p53 est muté dans près de 50 % des cancers humains. Dans les autres cancers, P53 est fréquemment inactivée par une protéine cellulaire : MDM2, qui est anormalement surexprimée. Les chercheurs ont depuis longtemps proposé l’hypothèse que des molécules capables d’empêcher la formation du complexe P53-MDM2 pourraient restaurer l’activité de la protéine P53 dans les cellules tumorales dans lesquelles elle n’est pas mutée. La preuve de cette hypothèse a été apportée en 2004, sous la forme d’une petite molécule qui bloque la formation du complexe P53-MDM2, appelée Nutlin, qui a pu être synthétisée. Nutlin est capable de tuer les cellules tumorales en culture, et d’induire une régression spectaculaire de xénogref-

fes tumorales sur la souris. Un groupe américain, partenaire de la société Ascenta Therapeutics, vient de produire une nouvelle génération de molécules, administrables par voie orale et capables d’inhiber la formation du complexe P53-MDM2. La conception de ces molécules est basée sur la description du complexe P53-MDM2, un travail publié en 1996 par une équipe franco-américaine (P.H. Kussie, S. Gorina, V. Maréchal, B. Elenbaas, J. Moreau, A. Levine et N.P. Pavletich, Science, 1996). Les molécules, qui ont été conçues puis synthétisées in vitro, montrent une remarquable activité antiproliférative sur des lignées tumorales exprimant une forme sauvage de P53. De même, elles induisent une forte régression des tumeurs de l’animal, mais semblent dépourvues d’une activité toxique sur les tissus sains. Cette découverte importante pour l’oncologie de demain démontre la puissance d’une démarche, qui s’appuie sur des données très fondamentales de cristallographie moléculaire pour produire, de façon raisonnée, des molécules à fort potentiel thérapeutique. ■■

Shangary S. et al., Proc. Nat. Acad. Sci. USA 105(10) (2008) 3933-3938

Culture cellulaire et VIH : attention aux artefacts ! Nous le savons bien, les techniques de culture cellulaire ont joué un rôle essentiel dans l’émergence de la biologie moderne. La maîtrise des conditions culturales ne dépend pas uniquement des apports en facteurs nutritifs et facteurs de croissance et du contrôle rigoureux de la température des incubateurs. En effet, la plupart des cellules de mammifères sont cultivées dans une atmosphère enrichie à 5 % de CO2, et contenant près de 20 % d’oxygène (l’air en contient 21 %). Ces conditions sont bien entendu assez éloignées de celles de nos cellules in situ, la concentration en oxygène étant plus souvent de l’ordre de 5 à 10 % en conditions physiologiques. Cet écart, que la plupart des biologistes feignent d’ignorer, n’est peut-être pas sans conséquence. Une équipe de l’Université de Stanford (Californie) vient de montrer que l’activité biologique d’un facteur essentiel du VIH, la protéine Tat, pourrait être opposée à celle qui lui a été initialement attribuée, et ceci uniquement à cause de cette variable expérimentale. La protéine Tat est

une protéine multifonctionnelle qui induit l’apoptose des cellules T en conditions culturales classiques (c’est-à-dire sous pression d’O2 atmosphérique). Sur cette base, il a été supposé que Tat interviendrait de façon déterminante dans l’induction de la mort des cellules T au cours de l’infection in vivo. Les auteurs montrent que ce modèle, largement répandu et admis, est probablement faux. La protéine Tat, lorsqu’elle est placée au contact de cellules cultivées à faible pression partielle d’oxygène (conditions physiologiques), induit en fait la prolifération des cellules aussi efficacement que les agents mitogènes habituellement utilisés en laboratoire (PHA et IL2). Dans ces conditions, Tat permettrait de (re)conditionner les cellules T afin de les rendre plus sensibles à l’infection virale, un modèle qui reste compatible avec ce que l’on croit savoir du déroulement de l’infection à VIH, au moins jusqu’à aujourd’hui…■■

Shangary S. et al., Proc. Nat. Acad. Sci. USA 105(10) (2008) 3933-3938

Clonage thérapeutique et cellules-souches dans le Parkinson L’équipe de Lorenz Studler (SloanKettering Institute, New York) rapporte, sur le site de la revue Nature Medicine, avoir réussi à greffer sur des modèles animaux de la maladie de Parkinson (souris) des neurones à dopamine dérivés de leurs propres cellules-souches embryonnaires. Outre son efficacité, cette stratégie de clonage thérapeutique permettrait d’éviter les problèmes causés par la compatibilité immunologique insuffisante des cellules exogènes transplantées. Dans l’expérience décrite, 187 lignées embryonnaires ont été générées après transfert des noyaux cellulaires de 24 souris parkinsoniennes dans des oocytes murins. Ces lignées ont été secondairement réorientées in vitro pour se différencier en neurones sécrétant de la dopamine, avant d’être injectées aux souris malades, d’où étaient initialement issus les noyaux. Sept animaux-contrôles ont reçu les mêmes lignées neuronales sécrétant de la dopamine mais provenant de cellules étrangères. De façon spectaculaire, seuls les animaux recevant des cellules issues de leurs propres clones ont répondu au traitement, tandis que la thérapie génique a échoué lorsque les lignées modifiées provenaient d’un animal génétiquement différent. Une forte réponse inflammatoire impliquant des cellules immunologiquement activées est mise en évidence chez les animaux ayant reçu la greffe allogénique de cellules modifiées, pouvant partiellement expliquer l’échec du traitement. En revanche, les souris recevant les cellules dérivant de leurs propres clones ne présentent pas ce type de réponse inflammatoire, et cette absence de réaction immune est probablement d’une importance cruciale si l’on veut obtenir l’efficacité de la thérapeutique. Il y a certes loin de la souris à l’homme, et cette technique reste lourde et très consommatrice d’oocytes, d’obtention difficile chez l’humain. Il n’en reste pas moins que ce travail confirme le potentiel extrêmement prometteur des thérapies utilisant les cellules souches dans le traitement de la maladie de Parkinson. ■■

Tabar V., Tomishima M., Panagiotakos G. et coll., Nature Medicine, publié en ligne le 23 mars 2008

REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - JUILLET-AOÛT 2008 - N°404 //

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