Diagnostics différentiels d’un carcinome basocellulaire de la face : l’avis du dermatologue pour éviter la chirurgie

Diagnostics différentiels d’un carcinome basocellulaire de la face : l’avis du dermatologue pour éviter la chirurgie

REVSTO-290; No of Pages 5 Rec¸u le : 1er fe´vrier 2016 Accepte´ le : 23 mai 2016 Disponible en ligne sur ScienceDirect www.sciencedirect.com Mi...

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REVSTO-290; No of Pages 5

Rec¸u le : 1er fe´vrier 2016 Accepte´ le : 23 mai 2016

Disponible en ligne sur

ScienceDirect www.sciencedirect.com



Mise au point

Diagnostics diffe´rentiels d’un carcinome basocellulaire de la face : l’avis du dermatologue pour e´viter la chirurgie Differential diagnosis of basal cell carcinoma of the face: Dermatologist advice may avoid surgery E. Combesa,b, J.-M. Folettic,*,d, J. Villereta,e, L. Guyota,d, P. Berbisa,b a

Aix Marseille universite´, 13916 Marseille, France Service de dermatologie, hoˆpital Nord, AP–HM, 13915 Marseille cedex 20, France c Aix Marseille universite´, IFSTTAR, LBA UMR_T 24, 13916 Marseille, France d Service de chirurgie maxillo-faciale, hoˆpital Nord, AP–HM, 13915 Marseille cedex 20, France e Service d’anatomopathologie, hoˆpital Nord, AP–HM, 13915 Marseille cedex 20, France b

Summary Introduction. Basal cell carcinoma (BCC) is the most common skin cancer in France. It is commonly diagnosed in front of a papule or nodule of the face. The surgeon should be able to question the diagnosis of BCC when nodular lesions are untypical, keeping in mind that some differential diagnoses require only medical treatment. Observations. The authors successively describe three non infectious entities mimicking BCC of the face, requiring purely medical treatment: facial granuloma described by Lever, cutaneous pseudolymphoma, sarcoidosis. Discussion. In front of a non-typical skin nodule CBC, a dermatological expert advice may be quite helpful. The value of this collaboration is to guide or otherwise to suspend surgical excision. ß 2016 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

Re´sume´ Introduction. Le carcinome basocellulaire (CBC) est le cancer cutane´ le plus fre´quent en France. Ce diagnostic est couramment e´voque´, devant une papule ou un nodule de la face. Le chirurgien doit eˆtre capable de remettre en cause le diagnostic de CBC devant des le´sions nodulaires non typiques, car certains diagnostics diffe´rentiels rele`vent d’un traitement me´dical. Observations. Les auteurs de´crivent successivement trois entite´s non infectieuses pouvant se pre´senter sous la forme de nodule au niveau du visage et ne devant pas eˆtre confondu avec un CBC car relevant d’un traitement purement me´dical : le granulome facial de Lever, le pseudolymphome cutane´ et la sarcoı¨dose. Discussion. Devant un nodule cutane´ non typique de CBC, le recours a` un avis spe´cialise´ dermatologique est souhaitable. L’inte´reˆt de cette collaboration est de guider ou de surseoir a` une exe´re`se chirurgicale. ß 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s.

Keywords: Basal cell carcinoma, Differential diagnosis, Physical examination

Mots cle´s : Carcinome basocellulaire, Diagnostic diffe´rentiel, Examen clinique

Introduction Le carcinome basocellulaire (CBC) est le cancer cutane´ le plus fre´quent avec une incidence de 150 cas pour 100 000 habitants

* Auteur correspondant. e-mail : [email protected] (J.-M. Foletti).

par an en France [1,2]. L’aˆge moyen du diagnostic de cette tumeur e´tait en 2008 de 64 ans mais le CBC est de plus en plus retrouve´ chez des personnes de moins de 40 ans ayant e´te´ expose´es pour des raisons me´dicales ou esthe´tiques aux ultraviolets ou a` certains produits chimiques (arsenic, psorale`ne). Sa localisation pre´fe´rentielle est le visage a` 80 % [3]. Les hommes sont majoritairement touche´s.

http://dx.doi.org/10.1016/j.revsto.2016.05.004 Rev Stomatol Chir Maxillofac Chir Orale 2016;xxx:1-5 2213-6533/ß 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s.

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E. Combes et al.

[(Figure_3)TD$IG]

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Ce diagnostic est couramment e´voque´ par les dermatologues et les chirurgiens, devant une papule ou un nodule pre´sent sur une re´gion expose´e au soleil. On de´crit classiquement trois sous-types cliniques :  le CBC superficiel, anciennement de´nomme´ page´toı¨de, caracte´rise´ par une plaque ayant une bordure perle´e, plus fre´quent sur le tronc ou les membres que sur la face (fig. 1) ;  le CBC nodulaire se pre´sente sous forme d’une papule ou d’un nodule ferme, lisse, bien limite´ formant une perle et pouvant parfois simuler une le´sion kystique. On observe a` sa surface de fines te´langiectasies (fig. 2) ;  le CBC scle´rodermiforme correspondant a` une plaque indure´e, brillante, mal limite´e a` extension lentement centrifuge (fig. 3) et qui est de mauvais pronostic. Le praticien doit pre´ciser le sous-type et la re´gion anatomique ou` sie`ge le CBC, ces donne´es ayant une valeur pronostique, et les marges d’exe´re`se chirurgicale en de´pendent [4]. Le chirurgien doit eˆtre capable de remettre en cause le diagnostic de CBC devant des le´sions nodulaires non typiques.

[(Figure_1)TD$IG]

Figure 3. CBC scle´rodermiforme re´tro-auriculaire ; l’aspect mal limite´ de la le´sion est typique.

Il pourra dans ce cas surseoir a` une chirurgie d’exe´re`se, en s’aidant d’une biopsie de la le´sion. Nous de´crivons trois entite´s non infectieuses pouvant se pre´senter sous la forme de nodule sur le visage et ne devant pas eˆtre confondu avec un CBC car relevant d’un traitement purement me´dical : le granulome facial de Lever, le pseudolymphome cutane´ et la sarcoı¨dose.

Observations Granulome facial dit de Lever Figure 1. Aspect typique de CBC superficiel.

[(Figure_2)TD$IG]

Figure 2. CBC nodulaire.

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Un patient de 57 ans, sans ante´ce´dent, pre´sentait une le´sion [(Figure_4)TD$IG]nodulaire de la joue droite e´voluant depuis plusieurs mois (fig. 4).

Figure 4. Nodule du visage avec aspect de pore dilate´ (fle`che), e´voquant un granulome facial de Lever.

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[(Figure_5)TD$IG]

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dapsone. Le laser a` colorant pulse´ montre de bons re´sultats [8]. En cas d’e´chec des autres traitements, la cryochirurgie sera alors privile´gie´e [9].

Pseudolymphomes cutane´s

Figure 5. Infiltrat dermique polymorphe (e´toiles), marque´ par la pre´sence d’e´osinophiles. Respect des annexes et pre´sence d’une grenz zone (fle`che).

On notait sur ce nodule un aspect « en peau d’orange ». L’hypothe`se d’un carcinome basocellulaire avait e´te´ propose´e par argument de fre´quence. Une exe´re`se avait e´te´ re´alise´e. L’anatomopathologie (fig. 5) retrouvait un infiltrat inflammatoire mixte du derme compose´ de polynucle´aires neutrophiles, e´osinophiles associe´s a` des cellules lympho-histiocytaires. Cet infiltrat respectait les annexes et e´tait se´pare´ de l’e´piderme par une bande de derme normal ou grenz zone. Apre`s confrontation anatomoclinique, le diagnostic retenu e´tait compatible avec un granulome facial de Lever. Cette dermatose be´nigne et rare, de´crite par Lever en 1948 [5], est majoritairement localise´e au niveau de la face [6]. Les le´sions peuvent eˆtre uniques ou multiples. Cliniquement, il s’agit d’une ou plusieurs papules ou plaques brunes de surface lisse avec accentuation des follicules pileux en peau d’orange et quelques te´langiectasies. Classiquement, on observe « des pores dilate´s ». Les le´sions s’accompagnent parfois d’un le´ger prurit ou de sensation de bruˆlures. Le diagnostic est rarement propose´ cliniquement et sont souvent e´voque´s une sarcoı¨dose, un lupus ou un lymphome. On e´liminera ces diagnostics graˆce a` l’e´tude anatomopathologique. L’infiltrat dermique est polymorphe (polynucle´aires, lymphocytes et histiocytes, plasmocytes) mais marque´ par la pre´sence d’e´osinophiles, comme dans notre cas. Il n’y a jamais de granulome e´pithe´lioı¨de. L’infiltrat respecte les annexes et est se´pare´ de l’e´piderme par une grenz zone. Il est souvent localise´ autour des capillaires, parfois avec une infiltration parie´tale. On observe classiquement une dilatation des ostiums folliculaires [7]. Plusieurs traitements ont e´te´ propose´s : antibiotiques, antiinflammatoires non ste´roı¨diens, antipalude´ens de synthe`se,

Un nodule cutane´ semblable a` un CBC nodulaire peut aussi traduire un infiltrat lymphocytaire cutane´, autrement de´nomme´ pseudolymphomes cutane´s (PLC). L’entite´ de PLC regroupe des maladies ressemblant cliniquement ou histologiquement aux lymphomes cutane´s mais ayant une e´volution be´nigne. Leurs e´tiologies varie´es peuvent eˆtre retrouve´es de`s l’interrogatoire (piqu ˆ re d’insecte, me´dicaments), a` l’examen clinique (tatouage), ou lors d’examen comple´mentaire : analyse anatomopathologique (nodule scabieux, coloration de Morin marquant l’hydroxyde d’alumine dans le cadre de certains granulomes post-vaccinaux [10]), polymerase chain reaction (PCR) dans la maladie de Lyme, par infection a` Borelia burgdorferi. Dans certains cas, aucune e´tiologie n’est retrouve´e, ni la clinique, ni la paraclinique ne permettent de trancher entre be´nin ou malin. Parmi ces lymphoprolife´rations de signification inde´termine´e, on retrouve le pytiriasis lichenoı¨de, le lymphome T cutane´ primitif CD4+ ple´omorphe a` petites et moyennes cellules, le lymphome T CD8+ indolent de l’oreille. Il est ne´cessaire devant tout infiltrat cutane´ lymphocytaire de re´aliser une surveillance prolonge´e pour de´pister une e´ventuelle e´volution vers un lymphome [11]. Le PLC se manifeste plus fre´quemment par une papule ou un nodule unique non ulce´re´. Les le´sions des lymphomes cutane´s seraient plutoˆt multiples, ulce´re´es et plus volumineuses (fig. 6) [11].

[(Figure_6)TD$IG]

Figure 6. La multiplicite´ des le´sions nodulaires chez cette patiente oriente le diagnostic vers un lymphome cutane´, plutoˆt qu’un CBC ou un PLC.

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[(Figure_7)TD$IG]

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L’analyse histologique des PLC retrouve des signes e´pidermiques (hyperplasie, spongiose) ou pilaires (dilatations des ostiums, enkystement) et une hyperplasie vasculaire d’aspect arborescent. L’infiltrat est plus polymorphe, avec une pre´dominance de cellules CD3+. Des re´arrangements monoclonaux peuvent e´galement eˆtre retrouve´s. C’est la confrontation des e´le´ments cliniques, histologiques, immunohistologiques et mole´culaires au sein d’un groupe d’expert qui permet de donner un avis sur le diagnostic le plus probable [12].

Sarcoı¨dose Un nodule du visage non typique d’un CBC doit aussi faire e´voquer le diagnostic de sarcoı¨dose. L’atteinte cutane´e est pre´sente chez 25 % des patients [13]. Certaines atteintes sont non spe´cifiques (comme l’e´rythe`me noueux) d’autres le´sions spe´cifiques (sarcoı¨des cutane´es). Les sarcoı¨des cutane´es sont des nodules de tailles variables, fre´quemment localise´s au niveau du visage (environ 50 % des cas). Leur surface est lisse et leur couleur va du jaune orange´ au violace´. La consistance est fre´quemment granulomateuse. Le pronostic en termes d’extension et d’e´volutivite´ est plus pe´joratif s’il s’agit de gros nodules. La biopsie ou l’exe´re`se de ces le´sions mettra en e´vidence des nodules dermiques ou hypodermiques constitue´s d’histiocytes e´pithe´lioı¨des avec quelques cellules multinucle´e´es, sans ne´crose case´euse. Ces nodules sont bien limite´s lorsqu’ils sont dans le derme et fre´quemment entoure´s d’une couronne lymphocytaire. Il conviendra d’e´liminer l’absence d’une autre cause a` ce granulome (tuberculose, mycose, lymphome, granulome a` corps e´tranger). Le traitement ade´quat est me´dical : corticothe´rapie locale ou ge´ne´rale, antipalude´en de synthe`se ou immunosuppresseurs [14]. Dans les atteintes purement cutane´es, l’abstention the´rapeutique est possible. Les atteintes syste´miques neurologiques, re´nales, pulmonaires se´ve`res, ophtalmiques ou larynge´es, ainsi que l’hypercalce´mie et le lupus pernio imposent d’emble´e l’introduction d’un traitement [14].

Figure 7. Nodule cutane´ du lobe auriculaire, pouvant faire e´voquer un pseudolymphome. Les diagnostics diffe´rentiels sont un CBC ou un lymphome T CD8+ indolent de l’oreille.

De´claration de liens d’inte´reˆts Les auteurs de´clarent ne pas avoir de liens d’inte´reˆts.

Re´fe´rences [1]

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[3]

Discussion Le diagnostic de CBC doit eˆtre e´voque´ par argument de fre´quence devant tout nodule e´rythe´mateux de la face (fig. 7). Ne´anmoins, la connaissance des diffe´rents diagnostics diffe´rentiels cliniques est utile au chirurgien afin d’e´viter au patient une exe´re`se inutile, et de limiter le risque cicatriciel pour des pathologies relevant d’un traitement me´dical tel que la sarcoı¨dose cutane´e, le PLC ou le granulome de Lever. Devant un nodule cutane´ non typique de CBC, le recours a` un avis spe´cialise´ dermatologique est toujours souhaitable. L’inte´reˆt de cette collaboration est de guider ou au contraire d’e´viter une exe´re`se chirurgicale.

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Diagnostics diffe´rentiels d’un carcinome basocellulaire de la face [9]

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