Impact de la sophrologie sur la tolérance des séances de ventilation non invasive chez des patients en insuffisance respiratoire aiguë

Impact de la sophrologie sur la tolérance des séances de ventilation non invasive chez des patients en insuffisance respiratoire aiguë

Annales Franc¸aises d’Anesthe´sie et de Re´animation 28 (2009) 215–221 Article original Impact de la sophrologie sur la tole´rance des se´ances de v...

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Annales Franc¸aises d’Anesthe´sie et de Re´animation 28 (2009) 215–221

Article original

Impact de la sophrologie sur la tole´rance des se´ances de ventilation non invasive chez des patients en insuffisance respiratoire aigue¨ Impact of sophrology on non-invasive ventilation tolerance for patients with acute respiratory failure J.-M. Constantin *, S. Perbet, E. Futier, S. Cayot-Constantin, V. Gignac, F. Bannier, H. Fabre`gue, C. Chartier, R. Guerin, J.-E. Bazin Service de re´animation adulte, poˆle anesthe´sie-re´animation, hoˆpital Hoˆtel-Dieu, CHU de Clermont-Ferrand, boulevard Le´on-Malfreyt, 63058 Clermont-Ferrand cedex 01, France Rec¸u le 22 mai 2008 ; accepte´ le 18 de´cembre 2008 Disponible sur Internet le 10 mars 2009

Re´sume´ Objectifs. – La prise en charge par ventilation non invasive (VNI) des patients en insuffisance respiratoire aigue¨ (IRA) est greve´e d’un grand nombre d’e´checs dus a` l’inconfort de la technique, a` la sensation de geˆne respiratoire et a` la douleur. L’objet de cette e´tude e´tait d’e´valuer l’efficacite´ de la sophrologie, pour ame´liorer les conditions de re´alisation de la VNI. Patients et me´thodes. – Il s’agit d’une e´tude prospective, randomise´e et controˆle´e, incluant des patients en IRA hypoxe´miante. De`s la premie`re se´ance de VNI, ils be´ne´ficiaient soit de la re´alisation d’une se´ance de sophrologie pendant les 30 premie`res minutes de ventilation (groupe S), soit de la pre´sence de la meˆme infirmie`re qui re´alisait un accompagnement « standard » pendant 30 minutes (groupe T). Les donne´es he´modynamiques et ventilatoires e´taient enregistre´es en continu, la douleur, la sensation de geˆne respiratoire et l’inconfort e´taient mesure´s sur une e´chelle nume´rique visuelle. Re´sultats. – Trente patients ont e´te´ inclus dans l’e´tude, 27 ont pu eˆtre analyse´s. Chaque patient a be´ne´ficie´ en moyenne de quatre se´ances de VNI. Il n’existait pas de diffe´rence significative dans les deux groupes en termes d’ame´lioration des e´changes gazeux. Il existait une diffe´rence significative en termes de re´duction de la geˆne respiratoire ( 76 %), de l’inconfort ( 60 %) et de diminution de la douleur ( 40 %) en faveur de la sophrologie ( p < 0,001). La fre´quence cardiaque, la pression arte´rielle systolique et la fre´quence respiratoire e´taient e´galement diminue´es significativement par la sophrologie. Conclusion. – La sophrologie constitue une aide pour la re´alisation des se´ances de VNI chez les patients en IRA. # 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s. Mots cle´s : Ventilation non invasive ; Sophrologie ; Re´animation ; Insuffisance respiratoire aigue¨ ; Se´dation

Abstract Objectives. – Non-invasive ventilation (NIV) in patients with acute respiratory failure (ARF) is subject to a large number of failures due to discomfort of the art, the feeling of difficulty breathing and pain. The purpose of this study was to evaluate the efficiency of sophrology to improve conditions for the realization of NIV in patients with ARF. Patients and methods. – In this prospective randomized and controlled study, consecutive patients with ARF were included. From the very first NIV session, they received either sophrology during the first 30 min of NIV (S group), or standard care by the same nurse during 30 min (T group). The hemodynamic and ventilatory data were recorded continuously; pain, respiratory difficulty and discomfort were measured with a numeric scale at the end of the session. Results. – Thirty patients were included in the study, 27 have been analysed. Each patient received an average of four sessions NIV during the protocol. There was no significant difference between the two groups in terms of improvement in gas exchange. In contrast, there was a significant

* Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (J.M. Constantin). 0750-7658/$ – see front matter # 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s. doi:10.1016/j.annfar.2008.12.028

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difference in terms of reduction of difficulty in breathing ( 76%), discomfort ( 60%) and decrease the pain ( 40%) in the sophrology group ( p < 0.001). Respiratory rate, heart rate and systolic arterial blood pressure were decrease during NIV. Conclusion. – Sophrology constitutes aid for the achievement of the meetings of NIV in patients IRA. # 2009 Elsevier Masson SAS. All rights reserved. Keywords: Non invasive ventilation; Sophrology; Critical care medicine; Acute respiratory failure; Sedation

1. Introduction La ventilation non invasive (VNI) est une technique de plus en plus souvent propose´e pour la pre´oxyge´nation ou le traitement des de´tresses respiratoires des patients me´dicaux ou chirurgicaux [1–5]. Le traitement par VNI des patients en insuffisance respiratoire aigue¨ (IRA) est greve´ d’un grand nombre d’e´checs dus a` l’inconfort de la technique, a` la sensation de geˆne respiratoire et a` l’anxie´te´ ge´ne´re´e [6]. Des adaptations techniques, notamment sur l’interface et des moyens pharmacologiques, ont montre´ leur inte´reˆt pour ame´liorer la tole´rance des se´ances de VNI [7,8]. D’autres the´rapeutiques, non pharmacologiques, pourraient e´galement faciliter la re´alisation des se´ances de VNI. La sophrologie est une the´rapie fonde´e sur l’e´tude de l’harmonie de la conscience [9]. Elle est de´finie comme la science de la conscience, de ses modifications et des moyens physiques, chimiques ou psychologiques susceptibles de la modifier dans un but prophylactique, the´rapeutique ou simplement pe´dagogique. Elle a montre´ son inte´reˆt dans la prise en charge de pathologies me´dicales psychosomatiques : douleur, infertilite´ des couples, gestion d’anxie´te´ [10–12]. L’objet de cette e´tude e´tait d’e´valuer l’effet de la sophrologie sur le confort, la sensation de geˆne respiratoire et la douleur lors de se´ances de VNI chez des patients en IRA. 2. Patients et me´thodes 2.1. Consentement Apre`s avis aupre`s de notre CPP, un simple consentement e´crit a` e´te´ recueilli avant l’inclusion dans l’e´tude.

 l’absence d’administration d’amines vasopressives et une re´ponse cohe´rente aux ordres simples ;  une IRA avec hypoxe´mie ne´cessitant une oxyge´nothe´rapie a` haut de´bit ;  une polypne´e et un tirage inspiratoire. Les exacerbations de bronchopneumonie chronique obstructive et les œde`mes pulmonaires cardioge´niques e´taient exclus. Les patients ayant de´ja` be´ne´ficie´ de se´ances de sophrologie avant leur hospitalisation dans le service e´taient exclus. L’inclusion des patients dans cette e´tude a e´te´ re´alise´e par un me´decin du service qui s’assurait de la pre´sence des crite`res d’e´ligibilite´. 2.3. Type d’e´tude Il s’agissait d’une e´tude prospective randomise´e controˆle´e en double insu (ni le patient, ni le me´decin qui re´alisait les e´valuations ne connaissaient le traitement). Tous les patients recevaient apre`s randomisation soit une se´ance de sophrologie de 30 minutes, soit une se´ance d’accompagnement standard (groupe T) de meˆme dure´e. 2.4. Parame`tres analyse´s 2.4.1. Donne´es de´mographiques L’aˆge, le sexe, le poids, le motif d’admission, la se´ve´rite´ de la pathologie e´value´e par le score IGS 2 [13] et la dure´e de se´jour en re´animation au moment de l’inclusion dans l’e´tude e´taient analyse´s.

Les patients inclus e´taient hospitalise´s dans le service de re´animation adulte de l’Hoˆtel-Dieu (16 lits), de´partement d’anesthe´sie et de re´animation du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. Trente patients conse´cutifs ne´cessitant des se´ances de VNI ont e´te´ inclus dans l’e´tude et randomise´s en deux groupes sophrologie (S) et te´moins (T). Les patients du groupe S be´ne´ficiaient de 30 minutes de sophrologie dispense´e par une infirmie`re DE titulaire du DU de sophrologie et le second groupe T recevaient 30 minutes d’accompagnement « standard » par la meˆme infirmie`re. Les crite`res d’inclusion communs aux deux groupes e´taient :

2.4.2. Parame`tres he´modynamiques et respiratoires Tous les patients e´taient surveille´s par un scope cardiorespiratoire (AS3, Datex-Ohmeda Division, I.C., Helsinki, Finlande). La fre´quence cardiaque (FC) et les pressions arte´rielles (PA), systolique (PAS), diastolique (PAD) et moyenne (PAM) e´taient mesure´es au de´but, pendant et a` la fin de chaque se´ance (T et S). Les PA e´taient mesure´es a` partir d’un cathe´ter arte´riel radial ou fe´moral. La fre´quence respiratoire (FR) e´tait e´galement mesure´e au de´but, pendant et a` la fin de chaque se´ance pour l’ensemble des patients. Une analyse des gaz du sang arte´riel e´tait re´alise´e avant et imme´diatement apre`s la se´ance de VNI selon le protocole du service. Le recours e´ventuel a` l’intubation, selon les crite`res pre´de´finis, e´tait syste´matiquement collige´. Les crite`res d’intubation au de´cours d’une se´ance de VNI e´taient :

 un aˆge supe´rieur a` 18 ans ;  l’absence de se´dation me´dicamenteuse ;

 impossibilite´ 85 mmHg ;

2.2. Population e´tudie´e

de

maintenir

un

rapport

PaO2/FiO2 >

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 apparition de conditions ne´cessitant l’intubation pour prote´ger les voies ae´riennes (convulsions, vomissements) ;  de´veloppement de se´cre´tions tre`s abondantes imposant une aspiration trache´ale ;  majoration de l’hypercapnie avec acidose respiratoire pH < 7,30 (hors BPCO), ische´mie myocardique ou apparition de troubles du rythme ventriculaire[7]. 2.4.3. Sensation de geˆne respiratoire, confort et intensite´ de la douleur La sensation de geˆne respiratoire, d’inconfort et l’intensite´ de la douleur e´taient e´value´es par l’e´chelle visuelle nume´rique (EVN variant de 0 a` 10) apre`s chaque se´ance [14–16] avec 0 pour aucune geˆne ou inconfort et 10 pour geˆne douleur et inconfort maximal. Chaque parame`tre e´tait e´value´ sur une « re´glette » diffe´rente afin de faciliter la diffe´renciation des sensations e´value´es. Les mesures e´taient re´alise´es imme´diatement apre`s la fin de la se´ance de VNI par un me´decin du service n’e´tant pas informe´ des re´sultats de la randomisation. 2.5. Intervention expe´rimentale de sophrologie La se´ance individuelle de sophrologie avait lieu au cours de la journe´e entre 8 et 20 h a` distance d’au moins 180 minutes des soins ne´cessitant une analge´sie morphinique ou des se´ances de kine´sithe´rapie. Le patient e´tait en position demi-assise. De`s le de´but de la se´ance, le patient restait avec l’infirmie`re dans la chambre au calme et le silence e´tait de rigueur en e´vitant toute stimulation du patient. La phase d’accompagnement e´tait re´alise´e dans les meˆmes conditions en dehors de la sophrologie. La se´ance e´tait de´bute´e au moins deux heures apre`s toute injection de me´dicaments. La se´ance de sophrologie de´butait imme´diatement apre`s la mise en place de la VNI. Elle e´tait compose´e d’exercices spe´cifiques du premier degre´ (sophrorespiration synchronique, progression respiratoire, sophrode´placement du ne´gatif, sophropre´sence du positif), du deuxie`me degre´ (sophroprogrammation du futur, sophroacceptation progressive, activation des structures de la spatialisation du corps, activation de la structure du sens de l’odorat, du gouˆt, de l’ouı¨e, de la vue et du toucher), du troisie`me degre´ (sophromne´sie libre, sophromne´sie sensoroperceptive, futuromne´sie, conseiller en humour, sophroactivation des qualite´s, entraıˆnement sophrologique de la me´moire, sophrosubstitution mne´sique) et du quatrie`me degre´ (sophropre´sence des valeurs). Elle comprend ainsi un e´tat de relaxation pendant dix minutes selon la me´thode de´crite par Schultz [17], une sophronisation simple, une respiration abdominale (adapte´e sur le de´passement de soi) et une imagerie mentale (passe´–pre´sent– futur) pendant 30 minutes au total. La se´ance d’accompagnement pour les sujets du groupe T avait la meˆme dure´e. Elle comportait syste´matiquement une phase d’explication de la VNI, suivie d’une pe´riode d’encouragement du patient. Elle incitait le patient a` une respiration calme et ample, lui signifiait les progre`s re´alise´s, entretenait une discussion calme et apaisante mais sans exercices de sophrologie. L’infirmie`re restait dans la chambre pendant la meˆme dure´e que pour les se´ances de sophrologie.

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Durant la pe´riode d’inclusion dans l’e´tude, toutes les se´ances de VNI e´taient re´alise´es sous sophrologie ou accompagnement standard en fonction du groupe. La dure´e des se´ances avait e´te´ fixe´e a priori a` deux heures si la tole´rance le permettait. 2.6. E´tude statistique L’objectif principal e´tait une diminution de l’inconfort. Un e´chantillon de 12 personnes par groupe e´tait ne´cessaire pour montrer une re´duction de la valeur de l’EVN de 20 % avec un risque alpha de 5 % et un risque beˆta de 10 %. Ayant fait l’hypothe`se que l’inconfort e´tait responsable d’une part importante des e´checs de la VNI en cas d’IRA [7,18,19], nous avons estime´ qu’une re´duction de 20 % de l’inconfort serait cliniquement relevante en terme d’acceptation de la technique. Les comparaisons statistiques ont e´te´ re´alise´es en utilisant des ANOVA a` mesures re´pe´te´es avec correction de Bonferroni pour les variables physiologiques. Les re´sultats obtenus avant (pre´test) et apre`s (post-test) chaque se´ance pour chaque groupe ont e´te´ compare´s en utilisant des tests t de Student apparie´s pour les variables quantitatives gaussiennes et par des tests de rang de Wilcoxon apparie´s pour les variables quantitatives non gaussiennes. Les comparaisons des EVN et des variables physiologiques obtenues entre les deux groupes (S et T) ont e´te´ faites par des tests non parame´triques de Mann-Whitney. L’analyse statistique a e´te´ re´alise´e avec le logiciel StatView 5.0. Une valeur de p < 0,05 e´tait retenue comme significative. Les re´sultats sont exprime´s en moyenne  de´viation standard (D.S.) dans le texte et les tableaux et en moyenne  e´cart de la moyenne dans les graphiques. 3. Re´sultats 3.1. Description des deux groupes Apre`s screening, 30 patients ont e´te´ inclus conse´cutivement dans l’e´tude (Fig. 1). Un patient n’a pu be´ne´ficier des se´ances de sophrologie pour des raisons de surdite´ et de compre´hension. Deux autres patients ont e´te´ exclus dans le groupe T : l’un pour refus secondaire de participation et l’autre pour proble`me de compre´hension. Chaque patient a be´ne´ficie´ en moyenne de quatre se´ances de VNI durant le protocole. Dans le groupe S, 58 se´ances ont e´te´ re´alise´es et 57 dans le groupe T. La dure´e moyenne des se´ances e´tait de deux heures plus ou moins 20 minutes dans les deux groupes. Les principales caracte´ristiques cliniques des patients sont rapporte´es dans le Tableau 1. Tous les patients e´taient ventile´s en aide inspiratoire avec des niveaux moyens d’AI de 11  2 cm H2O pour obtenir un objectif de volume courant de 7 ml/kg. La pression expiratoire positive moyenne e´tait de 5  1 cmH2O et la FiO2 de 0,56  0,13. 3.2. Effet sur les parame`tres he´modynamiques et respiratoires Les variations des parame`tres he´modynamiques dans les deux groupes de patients (S et T) sont repre´sente´es sur la Fig. 2. La sophrologie a permis une diminution significative de la FC

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Fig. 1. Trente-quatre patients ont rempli les crite`res d’inclusion. Quatre ont refuse´ de participer, 30 ont e´te´ randomise´s. Un patient a e´te´ exclu dans le groupe sophrologie (S) pour des raisons de surdite´. Deux patients ont e´te´ exclus du groupe te´moins (T). Un pour mauvaise compre´hension, l’autre pour refus de poursuite. Quatorze patients ont e´te´ analyse´s dans le groupe S et 13 dans le groupe T.

de 10 % apre`s 15 minutes et de 25 % en fin de se´ance. Il n’existait pas de modifications significatives dans le groupe T. La diffe´rence e´tait significative entre les groupes en fin de se´ance. La PAS e´tait re´duite significativement de 10 % dans le groupe S en fin de se´ance. Il n’existait pas de variation dans le groupe T. La diffe´rence e´tait significative entre les deux groupes en fin de se´ance. La re´alisation d’une se´ance de VNI a permis une ame´lioration de l’oxyge´nation dans le groupe S de 32 % et de 11 % dans le groupe T. Cette diffe´rence n’e´tait pas significative (Fig. 3). La PaCO2 n’e´tait pas modifie´e par la VNI et ce, quel que soit le Tableau 1 Caracte´ristiques anthropome´triques et cliniques des patients.

ˆ ge (anne´es) A Sexe (H/F) Type d’admission (M/C) Pneumopathie IRA extrapulmonaire IGS 2 Vasopresseurs PaO2/FiO2 (mmHg) PaCO2 (mmHg) Dure´e de se´jour (j) Mortalite´ en re´animation

Sophrologie (n = 14)

Te´moins (n = 13)

47  18 12/14 8/6 10 4 29  11 2/14 174  40 35  7 12  6 0/14

53  20 11/13 6/7 11 3 27  14 3/13 193  70 38  12 12  9 1/13

M/C : me´dical/chirurgical ; IRA extrapulmonaire : insuffisance respiratoire aigue¨ extrapulmonaire ; IGS 2 : indice de gravite´ simplifie´ ; Vasopresseurs : patients ne´cessitant l’administration de vasopresseurs au moment de l’e´tude ; PaO2/FiO2 : rapport entre la PaO2 et la FiO2 mesure´e lors de la mise sous VNI. Aucune diffe´rence n’est significative.

Fig. 2. E´volution de la fre´quence cardiaque (en haut) et de la pression arte´rielle systolique (en bas) imme´diatement avant le de´but de la se´ance, 15 minutes apre`s le de´but et imme´diatement apre`s la fin de la se´ance de VNI, pour les patients du groupe T (trait plein) et du groupe S (pointille´s). * p < 0,05 versus valeur « Avant » ; $ p < 0,05 versus groupe T.

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Fig. 4. Valeurs individuelles des scores d’EVN pour l’inconfort, la geˆne respiratoire et la douleur. Mesures re´alise´es imme´diatement apre`s la se´ance de VNI par un me´decin en « insu ». La diffe´rence entre le groupe T et S e´tait statistiquement significative pour les trois items. Les barres noires repre´sentent les moyennes. * p < 0,05.

4. Discussion

Fig. 3. E´volution de la fre´quence respiratoire (en haut) imme´diatement avant le de´but de la se´ance, 15 minutes apre`s le de´but et imme´diatement apre`s la fin de la se´ance de VNI, pour les patients du groupe T (trait plein) et du groupe S (pointille´s). * p < 0,05 versus valeur « Avant » ; $ p < 0,05 versus groupe T. Rapport PaO2/FiO2 avant et imme´diatement apre`s la se´ance de VNI pour les patients du groupe T (trait plein) et du groupe S (pointille´s). Le rapport PaO2/ FiO2 a e´te´ augmente´ dans les deux groupes sans diffe´rence significative entre les groupes. * p < 0,05.

groupe (37  7 mmHg avant et 35  8 mmHg apre`s dans le groupe S versus 38  12 mmHg avant et 38  11 mmHg apre`s pour le groupe T). Le pH e´voluait dans le meˆme sens (7,42  0,05 avant et 7,41  0,07 apre`s pour le groupe S et 7,40  0,08 avant et 7,41  0,08 apre`s pour e groupe T). Dans le groupe S la FR, diminuait de 16 % apre`s 15 minutes et de 20 % en fin de se´ance et ne variait pas dans le groupe T. Cette diminution en fin de se´ance e´tait significative par rapport a` la valeur initiale et par rapport au groupe T ( p < 0,05). Il n’existait pas de diffe´rence significative entre les groupes et quel que soit le temps en terme de ventilation minute (10,5  4 l versus 11  4 l respectivement pour les groupes S et T). Un patient dans le groupe T a e´te´ intube´ au de´cours d’une se´ance de VNI (impossibilite´ d’ame´liorer les e´changes gazeux, anxie´te´, agitation) et aucun dans le groupe S. 3.3. Effets sur la sensation de geˆne respiratoire, l’inconfort et la douleur L’e´volution des scores d’EVN dans les deux groupes de patients est repre´sente´e sur la Fig. 4. La sophrologie a permis une diminution significative des valeurs d’EVN en termes de re´duction de l’inconfort ( 60 %), de la geˆne respiratoire ( 76 %) et de diminution de la douleur ( 40 %) ( p < 0,001). Ces diffe´rences e´taient significatives entre les groupes.

L’objectif de cette e´tude e´tait d’e´valuer les effets d’une se´ance de sophrologie en re´animation sur les principaux parame`tres physiologiques et psychiques (he´modynamiques, respiratoires, geˆne respiratoire, confort et douleur) par rapport a` un accompagnement standard chez des patients ne´cessitant des se´ances de VNI. Les principaux re´sultats de ce travail montrent qu’une se´ance de sophrologie de 30 minutes permet de diminuer significativement la sensation de geˆne respiratoire, d’inconfort et l’intensite´ de la douleur. L’agitation et l’absence de coope´ration qui re´sultent de la douleur, de l’anxie´te´ et de l’inconfort sont responsables d’une part importante des e´checs de VNI [18,20]. La sophrologie pourrait permettre de re´duire ces e´checs chez les patients en IRA. La mise en place d’une VNI ne´cessite une pre´sence et une surveillance proches pour e´valuer l’efficacite´ et la tole´rance de la technique [21]. La pre´sence de soignants ne permet pas tout le temps une diminution de l’anxie´te´, ne´cessitant parfois l’adjonction de substances pharmacoactives (anxiolytiques, se´datifs) [7,19]. Un moyen non pharmacologique comme la sophrologie pourrait permettre une meilleure tole´rance en re´duisant l’anxie´te´. Bien qu’e´tant associe´e a` une subjectivite´, la sophrologie permettrait une meilleure adhe´sion du patient aux soins prodigue´s et en particulier la VNI. La sophrologie (du grec « sos » : sain, e´quilibre´, harmonieux, « phren » : esprit, conscience et « logos » : discours, e´tude) de´veloppe´e par Cayce´do est une the´rapie fonde´e sur l’e´tude de l’harmonie de la conscience. Elle est de´finie comme la science de la conscience, de ses modifications et des moyens physiques, chimiques ou psychologiques susceptibles de la modifier dans un but prophylactique, the´rapeutique ou simplement pe´dagogique [9]. Les re´sultats obtenus dans notre e´tude sont en accord avec ceux rapporte´s par les principaux travaux ayant e´tudie´ les effets de la sophrologie ` ce jour, aucune e´tude chez des patients hospitalise´s [10–12]. A n’avait e´value´ sa faisabilite´ en re´animation. Base´e sur des exercices de relaxation, de travail sur la « respiration » et de « de´tachement » par rapport a` l’environnement exte´rieur, la sophrologie semble indique´e pour accompagner les se´ances de

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VNI. D’autres e´tudes ont de´ja` e´value´ des moyens non pharmacologiques et ont sugge´re´, par exemple, l’efficacite´ de la musicothe´rapie en diminuant l’anxie´te´ et la douleur morale et/ou physique chez des patients de re´animation en sevrage ventilatoire ou lors de se´ances de ventilation [22,23]. Deux patients n’ont pu be´ne´ficier de sophrologie pour des raisons de surdite´ et de compre´hension, faisant interrompre la se´ance de sophrologie au bout de quelques minutes. Cette me´thode ne´cessite en effet une adhe´sion du patient et reste greve´e d’un facteur subjectif d’adhe´sion. Elle ne peut eˆtre re´alise´e chez des patients confus ou dont la coope´ration est alte´re´e par des dysfonctions d’organe. Les patients inclus dans cette e´tude pre´sentaient majoritairement une seule de´faillance d’organe (respiratoire). L’efficacite´ de la VNI dans cette e´tude, en terme d’ame´lioration de l’oxyge´nation, est comparable a` celle rapporte´e dans des conditions similaires [24]. L’absence de modification de la capnie s’explique par l’absence de patients hypercapniques a` l’inclusion, d’une part, et par la stabilite´ de la ventilation minute durant les se´ances, d’autre part. Deux limites doivent eˆtre prises en conside´ration lors de la mise en place de la sophrologie dans un service clinique. En l’absence de sophrologue diploˆme´ dans le service, la sophrologie ne´cessite une formation spe´cifique qu’une infirmie`re doit re´aliser avec un financement le plus souvent a` la charge du poˆle. Lors de la re´alisation des se´ances, le temps de travail n’est pas valorise´ et pose le proble`me d’un renforcement de l’effectif. Plusieurs limites a` cette e´tude doivent eˆtre mises en avant. Il s’agit d’une e´tude physiologique dont le but n’e´tait pas de mettre en e´vidence une diffe´rence en termes d’e´checs de la VNI mais une diminution de l’inconfort. Un effectif plus important aurait e´te´ ne´cessaire. Par ces effets physiologiques, la sophrologie pourrait permettre d’augmenter la dure´e des se´ances de VNI. Le dessin de cette e´tude ne nous a pas permis de re´pondre a` cette question. En effet, nous avions choisi de standardiser la dure´e des se´ances de VNI afin de faciliter la comparaison entre les groupes. L’e´valuation par EVN reste une me´thode subjective mais ayant e´te´ valide´ dans le management de la douleur et de l’anxie´te´ [15,16]. Une autre limite de l’e´tude est l’accompagnement des se´ances de VNI par la meˆme personne dans les deux groupes. Cette infirmie`re e´tant la sophrologue, on aurait pu craindre un manque d’objectivite´. Deux e´le´ments sont a` prendre en conside´ration : d’une part, la se´ance « te´moin » e´tait standardise´e dans son de´roulement. D’autre part, l’accompagnement des se´ances de VNI dans le groupe te´moins par une tierce personne aurait induit un autre biais (aˆge, sexe. . .). 5. Conclusion Les re´sultats obtenus dans cette e´tude sugge`rent un inte´reˆt de la sophrologie chez les patients de re´animation reque´rant des se´ances de VNI lors d’une IRA. La re´duction de l’inconfort, de l’anxie´te´ et de la douleur sont un point cle´ dans l’acceptation de la VNI. L’apport de la sophrologie en re´animation, par son action psychophysiologique pourrait participer efficacement a` l’ame´lioration du ve´cu des patients et a` une meilleure adhe´sion aux traitements et soins.

Les re´sultats de cette e´tude devront eˆtre confirme´s par de futures e´tudes randomise´es et controˆle´es afin d’e´valuer l’inte´reˆt de la sophrologie dans le but de diminuer la consommation d’anxiolytiques et d’antalgiques et d’ame´liorer l’acceptation et l’efficacite´ des the´rapeutiques en re´animation ou en salle de surveillance postinterventionnelle. Conflit d’inte´reˆt Les auteurs de´clarent ne pas avoir de conflit d’inte´reˆt avec le sujet de l’e´tude. Re´fe´rences [1] Chanques G, Jaber S, Delay JM, Perrigault PF, Lefrant JY, Eledjam JJ. Enqueˆte te´le´phonique sur la pratique postope´ratoire de la ventilation non invasive et ses modalite´s d’application. Ann Fr Anesth Reanim 2003;22:879–85. [2] Baillard C, Fosse J, Sebbane M, Chanques G, Vincent F, Courouble P, et al. Noninvasive ventilation improves preoxygenation before intubation of hypoxic patients. Am J Respir Crit Care Med 2006;174:171–7. [3] Solis A, Baillard C. Place de la position proclive et de la ventilation non invasive pour la pre´oxyge´nation des patients a` risque de de´saturation pendant l’intubation. Ann Fr Anesth Reanim 2008;27:490–4. [4] Michelet P, Jaber S, Eledjam JJ, Auffray JP. Prise en charge anesthe´sique de l’œsophagectomie : avance´es et perspectives. Ann Fr Anesth Reanim 2007;26:229–41. [5] Idabouk L, Minville V, Salau S, Castel A, Franchitto N, Pourrut JC. ¨de`me pulmonaire apre`s une arthroscopie du genou. Ann Fr Anesth Reanim 2006;25:1007–10. [6] Antonelli M, Conti G, Moro ML, Esquinas A, Gonzalez-Diaz G, Confalonieri M, et al. Predictors of failure of noninvasive positive pressure ventilation in patients with acute hypoxemic respiratory failure: a multicenter study. Intensive Care Med 2001;27:1718–28. [7] Constantin JM, Schneider E, Cayot-Constantin S, Guerin R, Bannier F, Futier E, et al. Remifentanil-based sedation to treat noninvasive ventilation failure: a preliminary study. Intensive Care Med 2007;33:82–7. [8] Navalesi P, Costa R, Ceriana P, Carlucci A, Prinianakis G, Antonelli M, et al. Non-invasive ventilation in chronic obstructive pulmonary disease patients: helmet versus facial mask. Intensive Care Med 2007;33: 74–81. [9] Caycedo A. Sophrology and psychosomatic medicine. Am J Clin Hypn 1964;7:103–6. [10] Heymes O, Forges T, Guillet-May F, Zaccabri A, Dandachi N, Monnier P. La sophrologie caycedienne : une autre approche du couple infertile. J Gynecol Obstet Biol Reprod Paris 2006;35:790–6. [11] Leophonte P, Delon S, Dalbies S, Fontes-Carrere M, de Carvalho EG, Lepage S. Effets de la pre´paration sur l’anxie´te´ avant la fibroscopie bronchique. Rech Soins Infirm 2000;50–66. [12] Guastella V, Mick G, Laurent B. Traitements non me´dicamenteux de la douleur neuropathique. Presse Med 2008. [13] Le Gall JR, Lemeshow S, Saulnier F. A new Simplified Acute Physiology Score (SAPS II) based on a European/North American multicenter study. JAMA 1993;270:2957–63. [14] Chanques G, Jaber S, Barbotte E, Violet S, Sebbane M, Perrigault PF, et al. Impact of systematic evaluation of pain and agitation in an intensive care unit. Crit Care Med 2006;34:1691–9. [15] Elkins G, Staniunas R, Rajab MH, Marcus J, Snyder T. Use of a numeric visual analog anxiety scale among patients undergoing colorectal surgery. Clin Nurs Res 2004;13:237–44. [16] Crandall M, Lammers C, Senders C, Savedra M, Braun JV. Initial validation of a numeric zero to ten scale to measure children’s state anxiety. Anesth Analg 2007;105:1250–3. [17] Schultz JH. Hypnosis and relaxation. Acta Psychother Psychosom 1960;8:424–36.

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