Infiltrations rachidiennes : considérations médicolégales et assurantielles

Infiltrations rachidiennes : considérations médicolégales et assurantielles

Journal de Radiologie Diagnostique et Interventionnelle (2012) 93, 741—746 FORMATION MÉDICALE CONTINUE : LE POINT SUR. . . Infiltrations rachidiennes...

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Journal de Radiologie Diagnostique et Interventionnelle (2012) 93, 741—746

FORMATION MÉDICALE CONTINUE : LE POINT SUR. . .

Infiltrations rachidiennes : considérations médicolégales et assurantielles夽 V. Hazebroucq a,∗,b a b

MOTS CLÉS Radiologie interventionnelle ; Infiltrations ; Assurance ; Responsabilité ; Médicolégal

Agence régionale de santé d’Île-de-France, 35, rue de la Gare, 75019 Paris, France Université Paris Descartes, 75006 Paris, France

Résumé Une série d’accidents graves consécutifs à des infiltrations rachidiennes et foraminales lombaires et cervicales a conduit les assureurs médicaux franc ¸ais à engager un dialogue avec la profession radiologique pour nous demander de prendre les mesures qui leur permettent de continuer à couvrir les risques, exceptionnels mais considérables, de ces gestes de radiologie interventionnelle. Cet article résume les faits et les recommandations des assureurs et insiste sur la nécessité d’adopter une logique nouvelle de recherche permanente d’amélioration de la qualité et de la sécurité de nos pratiques. © 2012 Publié par Elsevier Masson SAS.

Depuis plusieurs décennies déjà, les assureurs qui garantissent la responsabilité médicale soulignent l’augmentation du coût de la sinistralité, due au cumul de l’augmentation progressive de la fréquence des sinistres déclarés, des plaintes et des réclamations (en moyenne +3,8 % environ par an depuis 20 ans, soit un doublement du nombre des dossiers sur cette période, Fig. 1) et surtout de l’augmentation, plus brutale et récente, des montants des indemnisations accordées par la Justice1 . Les statistiques des

DOI de l’article original : 10.1016/j.diii.2012.07.012. Ne pas utiliser, pour citation, la référence franc ¸aise de cet article, mais celle de l’article original paru dans Diagnostic and Interventional Imaging, en utilisant le DOI ci-dessus. ∗ Agence régionale de santé d’Île-de-France, 35, rue de la Gare, 75019 Paris, France. Adresses e-mail : [email protected], [email protected] 1 Selon les rapports annuels 2009 et précédentes du groupe Sou médical-MACSF, le coût d’un seul dossier peut actuellement dépasser sept, voire neuf millions d’euros pour un handicapé majeur dont il faut provisionner la prise en charge continue durant plusieurs décennies ; ce montant est à mettre en perspective avec la prime annuelle supportable par un médecin et avec la fréquence des sinistres, environ 1,66 sinistres chaque année pour 100 praticiens). Pour la radiologie, le taux de sinistralité globale annuelle s’établit autour de cinq sinistres pour 100 médecins radiologues, en incluant les erreurs diagnostiques, les complications des actes radiologiques et les dommages corporels divers, par exemple les chutes dans la structure radiologique. 夽

2211-5706/$ — see front matter © 2012 Publié par Elsevier Masson SAS. doi:10.1016/j.jradio.2012.07.003

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V. Hazebroucq

Sinistralité des médecins tous exercices et spécialités confondus

Déclarations des dommages corporels auprès des médecins

1986 à 2010 (a)

2010 50

2,0

40

1,5

30

2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010

20 1,0

10

0,5

198 6 198 7 198 8 198 9 199 0 199 1 199 2 199 3 199 4 199 5 199 6 199 7 199 8 199 9 200 0 200 1 200 2 200 3 200 4 200 5 200 6 200 7 200 8 200 9 201 0

Plaintes pénales

Plaintes ordinales

Procédures civiles

Réclamations

CRCI

(a) Déclarations accidents corporels pour 100 sociétaires.

Figure 1. Statistiques de sinistralité recensée par le Sou médical-MACSF. Rapport d’activité 2010 de la Sou médical-MACSF [15].

sinistres déclarés au Sou médical-MACSF ces dernières années révèlent ainsi une progression significative des déclarations d’accidents d’actes interventionnels ostéoarticulaires : tandis qu’en effet jusqu’aux années 2000, la principale activité à risque de l’imagerie était l’imagerie vasculaire (si l’on écarte les erreurs diagnostiques, les réactions anaphylactiques liées aux produits de contraste et les chutes de table d’examen), cette dernière ne représente plus qu’un dixième environ du nombre des incidents et accidents déclarés en ostéoarticulaire — et ce par divers spécialistes médecins et chirurgiens : radiologues, rhumatologues, anesthésistes et spécialistes de la lutte contre la douleur, neurochirurgiens et orthopédistes, rééducateurs. . . Lorsqu’il s’agit du rachis, les complications accidentelles peuvent être gravissimes (tétraplégies, paraplégies ou décès du patient), alors que ces actes, présentés comme simples et sûrs, sont très largement pratiqués dans de nombreux centres, publics et privés, dans des conditions de pratique extrêmement variées. Plusieurs publications récentes ont parallèlement contribué à remettre en question ces gestes : • une partie des accidents recensés par le Sou médicalMACSF ont suscité une publication franc ¸aise dans European Radiology [1] dont l’un des auteurs avait également publié une mise au point dans laquelle il s’interrogeait ouvertement sur la possibilité de continuer à proposer — et/ou de pratiquer — des infiltrations intrarachidiennes [2] ; • on sait par ailleurs depuis plusieurs années que certains corticoïdes retards (dont l’hexatrione), autrefois utilisés pour des nucléorthèses, ont été abandonnés pour ces indications après la description de l’apparition secondaire de calcifications intracanalaires invalidantes [3] ; • enfin, deux publications de 2009 du prestigieux New England Journal of Medicine [4,5] ne sont pas sans intérêt médicolégal : il s’agit de deux essais randomisés concordants concluant à l’absence d’efficacité supérieure au placebo de la vertébroplastie pour la prise en charge

antalgique des tassements vertébraux ostéoporotiques. Un éditorial signé des mêmes auteurs [6] dans le Journal Australien de Médecine, faisant suite à ces publications, remet sérieusement en question cette pratique, jugée inefficace et potentiellement dangereuse et conclut qu’il faudrait sans doute mieux établir l’efficacité et la sécurité de nos procédures radiologiques avant que de les généraliser en pratique clinique courante : il est vrai qu’aucune précaution analogue à l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments ou des dispositifs médicaux n’existe pour les procédures thérapeutiques ou diagnostiques. Dès qu’une technique est décrite, elle peut diffuser immédiatement, sans même être convenablement évaluée quant à son efficacité et ses risques. Ces deux articles du NEJM (Kallmes et al. et Buchbinder et al.) ont par la suite été largement critiqués et contestés, notamment dans une lettre à l’éditeur refusée par le NEJM mais publiée en janvier 2010 par le Journal de l’Association canadienne de radiologie, puis relativisés par la parution de plusieurs études ultérieures objectivement plus favorables à ces gestes interventionnels, dont une étude randomisée Belgo-néerlandaise (Vertos II) publiée dans différents journaux dont le Lancet en août 2010 [7] et qui démontrait, contrairement aux deux séries du NEJM, que certains patients tirent indéniablement un bénéfice à long terme d’une vertébroplastie réalisée convenablement au bon moment. Cet article était accompagné d’un commentaire récapitulant toutes les études randomisées connues en août 2010 sur la kyphoplastie et la vertébroplastie et annonc ¸ant la prochaine publication de nouvelles études, que l’on espère suffisamment concordantes pour trancher la question [8]. Ce qu’il faut retenir ici, c’est que la description d’une petite série d’accidents sévères a concordé avec la parution de cette série d’articles, au point d’inciter le Comité médical de la Sou médical-MACSF à prendre contact début 2010 avec des représentants de la profession radiologique

Infiltrations rachidiennes : considérations médicolégales et assurantielles afin d’étudier conjointement les précautions pouvant permettre de continuer à garantir l’assurabilité de ces activités interventionnelles et d’éviter qu’un dérapage de la sinistralité conduise la radiologie interventionnelle dans la même situation délicate que la gynécologie - obstétrique pour l’échographie anténatale. La Société franc ¸aise de radiologie, par l’intermédiaire de sa fédération de radiologie interventionnelle a souhaité sitôt informée se saisir de ce dossier afin d’éviter que les assureurs, par crainte d’être dépassés par le risque financier pouvant résulter d’une augmentation non contrôlée de ces nouveaux risques, décident unilatéralement de ne plus assurer ces pratiques. Des travaux ont donc été débutés, ci-après détaillés et doivent être finalisés au plus vite. Par précaution et dans l’attente des résultats de ces travaux auxquels contribuent avec la FRI plusieurs sociétés radiologiques d’organes, la Sou médical-MACSF a décidé, lors de l’été 2010, à l’occasion de la réévaluation régulière de ses risques, d’exclure certains actes interventionnels ostéoarticulaires —– dorénavant classés dans les « pratiques à risque potentiel significatif ou aggravé » [9] —– de ses contrats de base d’assurance de la responsabilité civile professionnelle. Cette décision s’applique aux les nouveaux adhérents comme aux anciens qui demandent une mise à jour de leur couverture assurantielle. Ces actes sont les infiltrations foraminales du rachis cervico-dorso-lombaire, les vertébroplasties, kyphoplasties et cimentoplasties ainsi que les dilatations de la coiffe de l’épaule. La couverture de ces risques reste cependant possible au cas par cas, à la condition de les déclarer spécifiquement et de pouvoir justifier d’une formation suffisante ainsi que de conditions matérielles appropriées. Dans l’immédiat, deux axes de progrès s’imposent dès maintenant : améliorer et compléter l’information donnée à nos patients en vue d’obtenir un consentement éclairé pour ce type d’actes d’une part ; améliorer la robustesse de nos indications de radiologie interventionnelle d’autre part.

Améliorer et compléter l’information donnée à nos patients en vue d’obtenir un consentement éclairé Trop d’exemples se rencontrent encore de patients adressés en radiologie pour une infiltration rachidienne et qui n’ont compris (ou retenu) du discours du clinicien demandeur qu’il va leur être effectué « une toute petite piqûre sous contrôle radiologique, pour injecter le bon médicament, à la dose tout juste utile, au bon endroit », que « cet acte est parfaitement anodin et quasiment indolore » et « qu’il évitera ainsi sans risque les désagréments d’un traitement par voie générale, voire la chirurgie ». Tout cela n’est bien sûr pas totalement faux. . . ni parfaitement exact, alors qu’il est désormais certain que l’insincérité de cette présentation serait considérée comme fautive par le juge en cas de complication et déclencherait quasi automatiquement une condamnation à l’indemnisation du dommage, quand bien même l’acte serait parfaitement indiqué et réalisé dans des conditions techniques optimales. Il faut donc dorénavant que le clinicien et le radiologue opérateur prennent le soin d’informer en détail le

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patient — idéalement de concert, étant précisé que la responsabilité finale de l’information repose principalement sur celui qui exécute l’acte, donc le radiologue — sur la nature du geste réalisé, son utilité réelle (effet immédiat et à long terme) ses risques même graves, dès lors qu’ils sont normalement prévisibles (et une paraplégie, même exceptionnelle, post-infiltration foraminale est désormais juridiquement « normalement prévisible ») — ainsi que sur les autres solutions thérapeutiques envisageables et enfin sur les conséquences en cas de refus. À titre d’illustration, la proposition d’une vertébroplastie après un tassement ostéoporotique devrait ainsi comprendre la précision explicite que plusieurs articles récents, parus dans un grand journal anglo-saxon, ont conclu que cet acte ne serait pas supérieur au placebo, mais que ces articles sont démentis par d’autres publications de niveau scientifique au moins comparable ; une copie de ces articles pourrait même être proposée à ceux de nos patients qui seraient susceptibles de bien les comprendre, ou à leur médecin traitant, pour qu’ils puissent en discuter avec lui, en leur précisant qu’on leur propose néanmoins cet acte pour telle ou telle raison médicale, qu’ils doivent considérer en toute liberté et en pleine autonomie. Certains auront sans doute envie d’objecter que ce discours « peu vendeur » pourrait inciter les patients à choisir l’abstention. De fait, c’est leur droit et notre objectif ne doit pas être de convaincre le patient de se prêter à un acte que les juges auront nécessairement tendance à considérer comme une « intervention de confort » à but essentiellement antalgique et qu’aucune nécessité vitale ni urgence n’imposait vraiment, tandis qu’elle comporte un risque (faible mais avéré) d’hématome compressif intracanalaire, pouvant aggraver la situation neurologique du patient [10]. Ajoutons qu’il faut évidemment que le médecin conserve la preuve qu’il a bien délivré cette information, de fac ¸on détaillée, lors d’un entretien préalable avec le patient et que celui-ci a pu disposer d’un délai de réflexion suffisant avant d’accepter l’acte et de s’y prêter. La « simple » remise contre signature d’un formulaire standardisé d’explication du geste et de consentement serait bien sûr considérée par le juge comme la recherche d’une « décharge » visant à protéger le médecin, plutôt qu’à informer son patient et lui permettre d’exercer pleinement de choisir ce qui doit être fait sur son propre corps. La loi et les magistrats exigent et c’est naturel, une explication personnalisée du geste et de son indication, qu’il faut coucher par écrit dans le dossier du patient, ou dans une correspondance adressée au clinicien demandeur et à son médecin traitant, à l’issue d’une consultation préalable, réalisée avant le geste et à une distance suffisante pour ménager la réflexion du patient. L’idéal est de dicter ce courrier ou ce compte rendu de consultation devant le patient et en le spécifiant.

Améliorer la robustesse de nos indications de radiologie interventionnelle L’époque est révolue, d’une indication rapidement convenue lors d’un coup de fil entre le médecin radiologue et le médecin traitant généraliste ou spécialiste. Une véritable

744 consultation préalable, gratuite ou pas, semble désormais indispensable pour étudier le dossier radiologique et confirmer avec le patient l’indication proposée par le correspondant clinicien. Comme pour le consentement éclairé, il faudra aussi conserver soigneusement la trace écrite de ces discussions et spécifier que « l’indication du geste s’impose devant de l’échec des autres thérapeutiques », ou que « toutes les autres médications, y compris morphiniques, s’avèrent insuffisantes pour soulager le patient », ou encore si ce dernier avance des raisons personnelles ou professionnelles particulières pour réclamer expressément cet acte, etc. À moyen terme, il est nous est demandé de mettre en œuvre les propositions complémentaires suivantes, dont une bonne partie sont heureusement largement engagées : • classer nos actes de radiologie interventionnelle en trois niveaux de complexité, selon leur risque, l’infrastructure et l’expertise nécessaires pour les accomplir dans de bonnes conditions de sécurité : ◦ les actes courants, qui font partie de la pratique normale d’un radiologue polyvalent, ◦ les actes intermédiaires, que ne doivent pratiquer que des radiologues spécialisés, dans un nombre encore important de centres de radiologie (ambulatoires ou hospitaliers), avec un environnement technique à préciser, sans doute intermédiaire entre l’équipement d’un cabinet de radiologie classique et celui d’un bloc chirurgical. La HAS a publié un rapport d’évaluation en décembre 2010, qui reste à mettre en œuvre [11], ◦ les actes ultra-spécialisés, les plus délicats et/ou ceux dont les risques sont les plus importants et qui devront être limités à un petit nombre de centres de référence (publics ou privés) et sans doute sur des plateaux techniques particulièrement bien équipés et situés à proximité de toutes les facilités susceptibles d’être nécessaires pour parer à toute complication (réanimation, chirurgie. . .) : • définir précisément les cadres d’exercice de la radiologie interventionnelle nécessaires pour chacune de ces trois catégories de gestes : locaux, équipements, procédures nécessaires pour la réalisation de l’acte mais aussi pour la gestion des complications éventuelles ; par exemple pour les actes comportant un risque connu de paraplégie ou de tétraplégie, nous devons prévoir la possibilité d’intervenir rapidement pour lever la compression par un hématome intrarachidien (proximité d’un neurochirurgien ou d’un orthopédiste spécialiste du rachis, par exemple. . .) ; • proposer des critères objectifs d’évaluation de la compétence pour les médecins spécialisés habilités à pratiquer les actes des niveaux intermédiaires ou les plus spécialisés : formation initiale (DIU, stages, nombre minimal d’actes réalisés sous contrôle d’un sénior spécialiste. . .), participation régulière aux staffs et aux activités d’un centre de référence, formation continue et entretien de la compétence par la pratique régulière d’un volume d’actes suffisant. Tout cela doit être prévu sans créer un effet seuil risquant d’inciter certains confrères à multiplier inconsidérément leurs indications pour ne pas chuter sous la limite fatidique : alors en effet, qu’en matière d’échographies obstétricales, on ne peut pas inventer une grossesse chez une femme qui n’est pas enceinte, le risque semble plus envisageable de proposer un peu trop

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facilement un geste d’infiltration chez les patients qui se plaignent de mal de dos ; renforcer notre méthodologie scientifique pour définir et poser les indications de ces actes, afin d’éviter que le patient et le radiologue ne se découvrent mutuellement en salle de radiologie après une indication décidée par le médecin clinicien demandeur, sans possibilité réelle de rediscuter l’indication : a minima pour les actes courants, il faudra désormais sans doute une consultation préalable, qui peut toutefois être déléguée (comme les anesthésistes le font couramment pour la consultation pré-anesthésique) et pour les actes les plus spécialisés, une discussion pluridisciplinaire permettant d’envisager les différentes possibilités de prise en charge, radiologique ou pas. Idéalement, devraient participer à ces discussions, dans des centres de références, la plupart sinon l’ensemble des spécialités susceptibles de contribuer à la prise en charge de ce type de patients : rhumatologues, chirurgiens orthopédistes du rachis ou neurochirurgiens, anesthésistes ou médecins spécialistes du traitement de la douleur, médecins de rééducation fonctionnelle, neurologues. . . ; retravailler l’information à donner à nos patients pour l’obtention du consentement éclairé. Les fiches d’information devraient, selon les recommandations de la HAS, être validées lors de tests impliquant des associations de patients et être mises à jour à chaque d’un fait nouveau, tel que la publication dans la littérature d’une complication auparavant inconnue ou, selon l’exemple de la vertébroplastie, d’une réévaluation négative de l’intérêt d’un acte couramment pratiqué ; systématiser le recensement de ces actes par l’observatoire de la radiologie interventionnelle (registre Épidémiologique de la fédération de radiologie interventionnelle [EPIFRI]), analogue à celui des cardiologues, permettant de connaître de fac ¸on exhaustive, globalement et pour chaque praticien, le nombre d’actes réalisés, la proportion et la typologie des intervenants, celles des indications, des résultats et des complications éventuellement observées ; publier des recommandations pour la pratique de la radiologie interventionnelle : au-delà du guide actuellement en préparation sous l’égide de la SFR et de la FRI, il nous est suggéré d’envisager ultérieurement la publication de bonnes pratiques établies selon la méthodologie validée par la HAS ; compléter les recommandations d’hygiène et de prévention des infections liées aux soins, pour établir des règles adaptées à nos actes2 , à nos installations et à nos appareillages, pas toujours aussi faciles à décontaminer qu’un

2 Certains protocoles imposent au radiologue qui pique une épaule, par exemple, de porter calot et bavette, mais sans prévoir la même exigence pour le patient. . . À noter ici encore qu’un groupe de travail SFR « Hygiène » a été constitué sous la présidence du Pr Francis Joffre, avec la participation de la Société franc ¸aise d’hygiène hospitalière. Une première séance scientifique sur cette thématique s’est tenue lors des JFR d’octobre 2010. Des recommandations doivent être préparées, avec l’appui méthodologique de la HAS, dont les assureurs attendent les résultats. Les experts pourront ensuite s’appuyer sur ces recommandations pour dire si les précautions normalement exigibles ont été respectées lors d’un

Infiltrations rachidiennes : considérations médicolégales et assurantielles bloc opératoire, voir par exemple le bloc de ventilation d’un échographe. . . ; • par ailleurs et enfin, il est envisagé par la Sou médicalMACSF de n’accepter ultérieurement la couverture assurantielle des actes les plus risqués que pour les praticiens qui s’engagent dans le processus d’accréditation professionnelle des pratiques à risque et qui s’engageront à respecter l’ensemble des recommandations professionnelles publiées par la SFRx ; • enfin, « sur le plan méthodologique », le Pr René Amalberti, qui conseille à la fois la Sou médical-MACSF et la HAS en matière de stratégie de gestion et de prévention des risques médicaux, invite notre profession à « stabiliser nos recommandations de bonne pratique des actes à risque sur des périodes minimales de quatre ou cinq ans » (sauf exception dûment reconnue qui confirmerait la règle), pour permettre d’unifier au niveau national la gestion des règles de prévention des évènements indésirables : cela supposerait que tous les progrès intervenant entre la parution d’une recommandation et sa mise à jour quinquennale suivante doivent être considérés et strictement évalués comme des protocoles de recherche biomédicale. Ce serait, selon cet éminent expert de la gestion des risques, la seule fac ¸on raisonnable rationnelle de limiter la multiplication des variantes de réalisation dont chacun peut penser et prétendre —– souvent de bonne foi quoique sans démonstration scientifique ou statistique valablement opposable à un juge —– que sa technique est « évidemment » la meilleure et que les confrères ayant fait un autre choix sont des incapables.

Ces exigences peuvent sembler considérables, voire extravagantes à ceux d’entre nous qui croiraient encore qu’avec: (a) une excellente formation initiale des professionnels et (b) une réglementation adaptée, complétées par (c) l’indemnisation des préjudices et (d) la répression des fautes, (e) la conscience et le sérieux des professionnels de santé devraient suffire à assurer la qualité et la sécurité des soins ; l’expérience démontre chaque jour que cela ne suffit pas et qu’il est donc grand temps d’envisager d’abandonner le « paradigme de la culpabilité individuelle » au profit d’un nouveau raisonnement fondé sur la « recherche systémique de la qualité et de la sécurité des soins ». Deux importants rapports du National health service Britannique et de l’Institute of medicine de l’Academy of sciences des ÉtatsUnis en détaillent les raisons [12,13]. L’organisation même de nos structures et de note activité doit se fonder a priori sur le principe popularisé en latin dès l’époque de la Rome antique par Lucius Sénèque, « Tout ce qui est humain est faillible » (« Errare humanum est ») et plus récemment reformulé en anglais par Edward Aloysus Murphy, ingénieur américain de l’aéronautique en 1949 : « Tout de qui peut mal tourner, tournera mal » (Whatever can go wrong, it will). En conséquence, nous devons désormais nous organiser pour :

acte malencontreusement suivi d’une complication infectieuse, ou si une négligence peut être caractérisée par l’irrespect des recommandations professionnelles.

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• prévoir de multiples sécurités et des outils permanents d’évaluation de la qualité et de la sécurité des pratiques et des résultats ; • dépister continuellement nos dysfonctionnements, les corriger et évaluer l’efficacité réelle de ces correctifs, selon le principe Plan-Do-Check-Act (PDCA) de la Roue de Deming ; • informer régulièrement professionnels et public de ce qui est fait en permanence pour garantir qualité et sécurité et donc mériter la confiance. Au total, notre profession a collectivement du pain sur la planche ; il nous faut sans doute hiérarchiser ces demandes pour les sérier dans le temps, sans toutefois traîner et établir un niveau de professionnalisme incontestable pour cette activité interventionnelle : il faudra le faire sans être inutilement maximalistes et éviter de nous imposer des exigences intenables ou démesurément coûteuses, pour les actes les plus simples et les plus anodins, ni déraisonnablement minimalistes, en adoptant des recommandations trop décalées par rapport à celles des sociétés savantes d’autres disciplines ou spécialités qui revendiquent la pratique d’actes de même nature (anesthésistes et spécialistes de la douleur, rhumatologues, chirurgiens orthopédistes et neurochirurgiens. . .). Les membres de la SFR pourront s’appuyer pour tout ce travail, sur les conseils avisés de nos assureurs, et notamment du Sou médical-MACSF, ainsi que, dans les hôpitaux assurés par la Société hospitalière d’assurances mutuelles (SHAM). Ces assureurs spécialisés regroupent en effet dans leurs conseils médicaux des praticiens de nombreuses disciplines qui connaissent parfaitement l’évolution des complications déclarées par leurs sociétaires, ainsi que les opinions des experts analysant les actes lors des procédures judiciaires. Lors d’une récente mise au point sur ces questions, le Docteur Thierry Farman a également souligné son souhait que la société savante contribue à mieux définir les compétences et qualification des experts susceptibles d’éclairer les assureurs, les commissions régionales de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux et les tribunaux, tant il apparaît actuellement que les « experts » actuels sont de qualité bien trop hétérogène et aléatoire [14].

Déclaration d’intérêts L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références [1] Wybier M, Gaudart S, Petrover D, et al. Paraplegia complicating selective steroid injections of the lumbar spine. Report of five cases and review of the literature. Eur Radiol 2010;20(1):181—9 (publication électronique anticipée le 14 août 2009). [2] Wybier M. Peut-on encore faire des infiltrations intrarachidiennes en 2009. Rhumatos 2009;6(51):320—5. [3] Darmoul M, Bouhaouala MH, Rezgui M. Calcifications postnucléorthèse, un problème toujours d’actualité ? Presse Med 2005;34(12):859—60.

746 [4] Buchbinder R, Osborne R, Ebeling P, et al. A randomized trial of vertebroplasty for painful osteoporotic vertebral fractures. N Engl J Med 2009;361:557—68. [5] Kallmes D, Comstock B, Heagerty P, et al. A randomized trial of vertebroplasty for osteoporotic spinal fractures. N Engl J Med 2009;361:569—79. [6] Buchbinder R, Osborne RH, Kallmes D. Vertebrosplasty apprears no better than placebo for painful osteoporotic spinal fractures and has potential to harm. Med J Aust 2009;191(9):476—7. [7] Klazen C, Lohle PNM, de Vries J, et al. Vertebroplasty versus conservative treatment in acute osteoporotic vertebral compression fractures (Vertos II): an open-label randomised trial. Lancet 2010;376(9746):1085—92. [8] Wardlaw D, van Meirhaeghe J. Another chapter for vertebral compression fractures. Lancet 2010;376(9746):1031—3. [9] Communication personnelle du 18 octobre 2007 avec M. Thierry Rodier, Direction du risque médical à la MACSF-Sou médical. [10] Art. L. 1111-2 du Code de la santé publique, résultant de la Loi Kouchner du 4 mars 2002. [11] Rapport d’évaluation de décembre 2010 de la HAS, intitulé « Quels niveaux d’environnements techniques pour

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[12]

[13]

[14]

[15]

la réalisation d’actes interventionnels en ambulatoire ? ». http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/ pdf/2011-02/rapport definition environnements techniques. pdf. Rapport publié en 2000 par le National Heath Service Britannique intitulé « An Organisation with a Memory » et disponible à l’adresse URL suivante : http://www.dh.gov.uk/en/ Publicationsandstatistics/Publications/PublicationsPolicyAnd Guidance/DH 4065083. Rapport de l’US Institute of Medicine de novembre 1999 est paru sous la forme d’un ouvrage coordonné par Linda T. Kohn, Janet M. Corrigan, et Molla S. Donaldson intitulé ‘‘To Err is Human ; building a safer Health System’’, aux éditions National Academy Press (Washington DC, USA), 1ère édition 2000, 287 pages. Conférence sur invitation donnée lors du 1er Congrès sur la pédagogie des nouvelles techniques interventionnelles, Clermont-Ferrand, 28 mars 2012, intitulée « Le constat des assureurs ». MACSF — Sou médical, 2010-11, Le risque des professionnels de santé en 2009, Responsabilité 2010 (11), p. 6.