Le nouveau vocabulaire de la douleur

Le nouveau vocabulaire de la douleur

Douleurs Évaluation - Diagnostic - Traitement (2009) 10, 106—109 ACTUALITÉS — BRÈVES DE DOULEURS Rubrique sous la direction de Florentin Clère Le nou...

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Douleurs Évaluation - Diagnostic - Traitement (2009) 10, 106—109

ACTUALITÉS — BRÈVES DE DOULEURS Rubrique sous la direction de Florentin Clère Le nouveau vocabulaire de la douleur The new vocabulary of pain À l’instar des réflexions qui ont eu lieu au niveau mondial pour lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz carbonique, la Société internationale pour l’étude de la douleur (IASP) publie son propre protocole de Kyoto. Il s’agissait au mois de novembre 2007 de valider la mise à jour de la taxonomie dans le domaine de la douleur : ce sont ces évolutions qui font l’objet d’un article de la revue Pain [1]. Question fondamentale : faut-il changer la définition de la douleur décrite en 1979 ? Les experts présents ont fait valoir l’importance de voir reconnaître la douleur chronique comme une maladie en tant que telle ; cependant, cette non-reconnaissance n’est manifestement pas liée à un problème de définition. La douleur reste donc une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en des termes évoquant une telle lésion ». Plusieurs nouvelles définitions viennent mieux encadrer la notion de nociception : elles décrivent notamment ce qu’est la nociception, un stimulus nociceptif, un neurone nociceptif puis la douleur nociceptive (douleur liée à l’activation de nocicepteurs). Les phénomènes de sensibilisations centrale et périphérique sont également définis. Plus intéressante est l’évolution de la définition de la douleur neuropathique : « douleur étant la conséquence directe d’une lésion ou d’une maladie affectant le système somatosensoriel ». La définition de 1994 (douleur liée à une lésion ou un dysfonctionnement du système nerveux) avait en effet été critiquée car considérée comme trop vague, ne prenant pas en compte l’ensemble des phénomènes physiopathologiques, à présent mieux connus, de la douleur neuropathique. L’allodynie devient une « douleur en réponse à un stimulus non nociceptif », l’hyperalgésie une « sensibilité accrue à la douleur ». Telles sont les principales évolutions validées par l’IASP après travaux de son groupe de travail sur la taxonomie de la douleur. Pas de révolution en tant que telle mais surtout une actualisation du vocabulaire qui se veut universel. Ces données sont disponibles sur le site Internet de l’IASP [2].

Références [1] Loeser JD, Treede RD. The Kyoto protocol of IASP basic pain terminology. Pain 2008;137:473—7. [2] Disponible sur http://www.iasp-pain.org/AM/Template.cfm? Section=Home§ion=Home1&template=/CM/ContentDisplay. cfm&ContentFileID=944.

Florentin Clère Consultation pluridisciplinaire de la douleur, centre hospitalier de Châteauroux, 216, avenue de Verdun, 36000 Châteauroux, France Adresse e-mail : fl[email protected] Disponible sur Internet le 10 mars 2009 doi:10.1016/j.douler.2009.02.001

Douleur après thoracotomie Pain after thoracotomy La chirurgie thoracique peut laisser place à des douleurs thoraciques chroniques. Lorsque la littérature internationale évoque ces douleurs, une expression revient : « le syndrome douloureux post-thoracotomie » (SDPT). Mais quelles douleurs se cachent réellement derrière ce syndrome ? La plupart des auteurs l’attribuent à la lésion per chirurgicale d’un nerf intercostal. Le SDPT serait-il donc une pure douleur neuropathique intercostale ? Pas si sûr si on en croit les résultats de l’étude menée par l’équipe néerlandaise de Steegers et al. [1] : 204 patients ayant subi une chirurgie thoracique il y a plus de six mois ont pu être interrogés. La douleur était présente chez 40 % des patients après thoracotomie et chez 47 % après thoracoscopie. Sa fréquence augmentait chez les patients jeunes, ayant bénéficié d’une radiothérapie, d’une pleurectomie et/ou d’une chirurgie large. Le questionnaire PainDETECT, équivalent de notre DN4 national, a été utilisé pour rechercher une éventuelle composante neuropathique à ces douleurs : seuls 53 % des patients douloureux présentaient une telle composante (certaine dans 23 %, probable dans 30 % des cas). Ces résultats vont dans le même sens que la littérature récente [2,3] : 40 à 80 % des douleurs chroniques

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