Le phénomène douleur du nouveau-né en maternité

Le phénomène douleur du nouveau-né en maternité

Douleurs, 2005, 6, 6 374 FAITES LE POINT Le phénomène douleur du nouveau-né en maternité Annie Charpentier (1) (photo), Joselyne Drecourt-Mester* (...

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Douleurs, 2005, 6, 6

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FAITES LE POINT

Le phénomène douleur du nouveau-né en maternité Annie Charpentier (1) (photo), Joselyne Drecourt-Mester* (2), Nadine Renault-Tinelle* (3), Liliane Blondeau* (4) Comment dépister la douleur du nouveau-né lorsqu’il n’a pas encore acquis le langage et qu’il n’a que ses cris et son corps pour s’exprimer ? Pendant longtemps la douleur a été vécue comme une fatalité. On sait aujourd’hui que le nouveau-né n’est pas protégé de la douleur, son immaturité cérébrale renforcerait même sa perception de la souffrance. En 1987, publication des travaux d’Anand. Anesthésiste Américain, dès ses premières publications scientifiques, il fait prendre conscience que non seulement le nouveau-né peut souffrir, mais qu’en plus la non prise en charge de cette douleur pouvait avoir des conséquences délétères [1]. En 1988, Publication de la charte de l’enfant hospitalisé. Même s’ils sont par définition bien portants, il existe des situations potentiellement douloureuses ou inconfortables, dites douleurs iatrogènes provoquées par les soins (prélèvements veineux, capillaires…), celles liées aux accouchements plus difficiles (forceps, ventouses, siège, césarienne…), ainsi que les douleurs liées aux gestes manuels (lors de manipulations, examens, bosses séro-sanguines, fracture de clavicule…). En pratique, même si la priorité de la prise en charge de la douleur est donnée à l’urgence et à la sécurité, elle ne peut se limiter à la prescription des médicaments antalgiques ou analgésiques après utilisation des outils d’évaluation. Une réflexion sur la prise en charge de la douleur et de l’inconfort doit être menée. Cette notion assez récente ne peut être appliquée qu’après une réflexion globale de l’équipe soignante sur le quotidien du nouveau-né en maternité. En 1998, publication du manifeste pour le traitement de la douleur dans toute la petite enfance. Docteur Anand, lors d’une réunion d’experts sur la douleur du nouveau-né, propose une publication des objectifs actuels de la prise en charge de la douleur du nouveau-né, sous la forme d’un manifeste. Ce manifeste a été rédigé par le Docteur Élisabeth Fournier-Charrière du CHU de Bicêtre. * Rédacteurs de l’article. 1. Cadre Puéricultrice, 53, rue d’Isle, 02100 Saint-Quentin. 2. Infirmière, 25, rue d’Hauteville, 02120 Bernot. 3. Auxiliaire Puéricultrice, 262, rue de Fayet, 02100 SaintQuentin. 4. Auxiliaire Puéricultrice, 132, rue du Languedoc, 02100 Harly.

Un plan national de lutte contre la douleur 1998-2000 a été reconduit en 2002-2005 en insistant sur une meilleure prise en charge de l’enfant. En septembre 2004 : parution du livre du Docteur Olivier FRESCO « Entendre la douleur du nouveau-né, aux confins de l’oubli ». RECONNAISSANCE ET ÉVALUATION D’après la définition de l’Association Internationale de la douleur, la douleur est une expérience désagréable, émotionnelle et sensorielle à un dommage tissulaire présent ou potentiel, ou décrit par le patient en de tels termes. Cette définition est mal adaptée pour ceux qui n’ont pas accès au langage, notamment les tout-petits. De ce fait, les altérations du comportement dues à la douleur, sont des équivalents verbaux de la douleur. Deux types de douleur ont été définies : – la douleur prolongée : douleur durable, souvent rebelle aux antalgiques usuels. À la maternité, elle est moins fréquente que la douleur aiguë ; – la douleur aiguë : douleur ponctuelle, de courte durée. Elle peut être classée en douleur légère, moyenne ou sévère. Un élément essentiel dans le traitement de la douleur du nouveau-né est son évaluation. Évaluation de la douleur prolongée Plusieurs échelles ont été développées. La plus utilisée en maternité est la grille EDIN : « E » Évaluation, « D » Douleur, « I » Inconfort, « N » Nouveau-né. Elle comporte 5 Items, basée sur l’observation : visage, corps, sommeil, relationnel avec le soignant et possibilité de réconfort, pendant et en dehors des soins. Le score peut aller de 0 à 15. Évaluation de la douleur aiguë La grille DAN : « D » Douleur, « A » Aiguë, « N » Nouveau-né. Réponses faciales, mouvements des membres, expressions vocales de la douleur.

Douleurs, 2005, 6, 6 Plus on apprend à évaluer la douleur, plus on la reconnaît. L’hésitation dans l’évaluation de la douleur est normale et certains résultats semblent parfois discordants. L’important c’est l’objectivité. Reconnaître les signes de bien être et de confort du nouveau-né aide à comprendre la douleur. Lorsqu’il existe un projet de service sur la douleur, il y a toujours des résistances et des arguments mis en avant pour lutter contre le changement. Pour certaines, c’est le manque de temps, pour d’autres, le manque de formation. L’important lors du choix et de la mise en application d’une grille, c’est prendre le temps de l’étudier et de s’entraîner. La cotation se fait essentiellement sur l’observation et la communication avec échange des impressions entre soignants d’une même équipe. L’étude de la douleur chez le nouveau-né nous montre l’existence de trois types de douleurs : – une douleur transitoire, modérée, avec phase de douleur et retour au calme. Cette douleur donne une tolérance au soin et le réconfort est possible ; – une douleur permanente : l’intensité de la douleur ne permet aucun repos, ni contact, ni réconfort ; – la prostration : l’enfant est immobile, comme replié sur luimême. Cette position de repos, n’interpelle pas toujours. C’est lors de la mobilisation que l’on observe des mouvements lents, rares, limités. L’enfant se crispe, résiste et retourne à sa position antalgique. Dans ce cas, le soin est non toléré et l’enfant est inaccessible aux tentatives de réconfort1. On peut noter également que bien que le nouveau-né ne possède pas de mémoire consciente, il mémorise les évènements sous forme de mémoire inconsciente ou implicite. Oliver Fresco souligne « ce phénomène, sorte d’empreinte en ce sens que l’on peut observer chez tout nouveau-né qui subit des prélèvements sanguins répétés au talon, on constate alors que lors de la désinfection cutanée qui n’est pas douloureuse, combien le bébé anticipe l’événement douloureux par des tentatives de retrait du pied, par des pleurs », Oliver Fresco « Entendre la douleur du nouveau-né aux confins de l’oubli » [2]. Exemple : lors d’un deuxième prélèvement sanguin, il existe des changements dans le comportement du nouveau-né et des modifications des hormones du stress. L’enfant est agité avant le geste2. PROTOCOLES VALIDÉS POUR TRAITER ET PRÉVENIR LA DOULEUR Lorsque l’on combine les effets cumulés de la succion non nutritive et le plaisir des solutions sucrées, on obtient chez le bébé un effet antalgique important. 1

Cassette vidéo réalisée en 1995 par l’Hôtel-Dieu CHRU de la Faculté de médecine de Nantes dans l’unité de Réanimation Pédiatrique. 2 Mémorisation de la douleur de l’enfant, Docteur Élisabeth Fournier Charrière, Unité de la douleur CHU Bicêtre.

375 Succion non nutritive L’usage de la succion d’une tétine avec l’idée d’une succion apaisante est plus un fait ancestral que scientifique. Des études récentes ont permis d’avancer vers d’autres moyens. Succion nutritive sucrée Beaucoup d’études mentionnent l’efficacité antalgique nette de la solution sucrée dans la prévention de la douleur liée aux prélèvements. La saccharose semble être la plus efficace, mais l’effet du glucose est très proche. Exemple : saccharose à la concentration de 25 à 30 %, à défaut glucosé à 30 %, à raison d’1 ml pour un nouveau-né de 2 kg 500 à 3 kg et de 2 ml pour un nourrisson de moins de trois mois. L’usage simultané de la tétine associé à la prise de saccharose dans la prévention de la douleur serait plus efficace. Application de la crème, patch analgésique EMLA® [3] Elle contient 2 anesthésiques : la lidocaïne et la prilocaïne, permettant une analgésie locale de quelques millimètres. Pour son utilisation, chez l’enfant de 0 à 3 mois, des précautions particulières sont nécessaires. Risque de méthémoglobinémie, d’où : – éviter l’application simultanée sur plusieurs sites ; – dose totale par 12 heures autorisée plus faible : 1 g ; – durée d’application = 1 heure maximum (AMM) ; – attention à l’association à d’autres produits méthémoglobinémiants : paracétamol, métoclopramide ; – contre-indications en cas de déficit en G6PD. En cas de méthémoglobinémie : injection intraveineuse de 1 à 2 mg/kg de bleu de méthylène dilué. Moyens antalgiques médicamenteux Aujourd’hui une panoplie, chaque jour plus vaste, de moyens médicamenteux tels le paracétamol sous prescription médicale permet de soulager la douleur observée lors d’accouchement plus difficile, associé à de petits moyens non médicamenteux. Exemple, Efferalgan Pédiatrique 60 m/kg/ 24 heures en 4 prises de 15 mg/kg toutes les 6 heures. En cas de régurgitations, Efferalgan suppositoires nourrissons 80 mg, un demi-suppositoire toutes les 6 heures pour 3 kg de poids. MOYENS ANTALGIQUES NON MÉDICAMENTEUX Ils potentialisent l’action antalgique d’une solution sucrée ; l’humanisation des soins (réconfort et apaisement du nouveau-né), ainsi que tous les aspects concernant le confort du nouveau-né sont importants. Le peau à peau Une véritable étude clinique chez les nouveau-nés subissant un prélèvement sanguin au talon a été réalisée, les résultats sont spectaculaires : réduction de 82 % des pleurs, 65 % des expressions faciales de déplaisir, diminution de la fré-

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376 quence cardiaque. Elle peut être associée au saccharose sans risque d’interaction. Trois études sur l’effet peau à peau sont à signaler. La première porte sur l’amélioration de la relation mèreenfant et l’allongement de l’allaitement maternel. Évaluation faite par des questionnaires remplis par la maman lors de la sortie de l’enfant. 35 enfants en peau à peau et 26 enfants en position classique [4]. La deuxième porte sur le bénéfice apporté lors des massages. La cortisolémie chute chez tous les patients après le massage, alors que le taux de nordadrénaline et d’adrénaline reste stable [5]. La troisième signale la réduction du niveau des indices biologiques du stress. Il s’agit d’une étude comparative des indices biologiques du stress, par rapport au repos des prématurés combinant incubateur et peau à peau et aux prématurés au repos uniquement en incubateur [6]. Un article récent étudie la stimulation multi-sensorielle (massage et stimulation auditive, visuelle et olfactive) chez les nouveau-nés à terme. Les résultats vont dans le sens d’un effet antalgique (Bellieni, 2002) [7]. L’allaitement maternel Une étude permet d’affirmer l’effet analgésique que procure l’allaitement maternel lors d’un prélèvement sanguin. L’allaitement au sein, qui permet la succion, donne en même temps ce goût sucré. Il a donc un effet analgésique lors des actes douloureux mineurs, de plus il respecte l’effet du peau à peau [8].

Tableau I Questionnaire. Avez-vous des protocoles anti-douleur ? Enfant né par césarienne : oui – non

(fig. 3)

Enfant né par forceps : oui – non

(fig. 4)

Avez-vous des protocoles anti-douleur pour les prélèvements : • glycémie capillaire : oui – non • guthrie : oui – non • bilan sanguin : oui – non • ponction lombaire : oui – non • « coupure » du filet : oui – non Avez-vous des commentaires ?

(fig. 5) (fig. 6) (fig. 8) (fig. 7) (fig. 9)

nous parviennent, ainsi que des méthodes relevant de la médecine douce « homéopathie », des propositions d’amélioration de confort (fig. 1 à 10). Travaillant en maternité, nous nous sommes questionnées sur l’idée que pouvait avoir les parents concernant la douleur de leur propre nouveau-né. Nous avons donc élaboré une enquête

Pourcentage d’hôpitaux possédant des protocoles validés ou non

28%

MÉTHODOLOGIE L’évolution rapide des technicités, l’accueil du nouveau-né en maternité de plus en plus soumis à des soins répétitifs parfois agressifs et stressants nous amènent à réaliser un travail de recherche sur la prise en charge de la douleur des nouveau-nés. Pour mettre en place ce projet, nous avons donc décidé de commencer par la recherche et la consultation de documents professionnels, ceux ci sont triés par thème, par axe de travail. En parallèle, et afin de compléter nos recherches, nous avons souhaité rencontrer, interroger des professionnels de santé. Puis nous avons élaboré un questionnaire (tableau I) envoyé par voie postale dans les services de maternité française. Sur 348 lettres envoyées, nous avons reçu 180 réponses, soit presque 52 %. Nous avons été surpris par la rapidité de retour et le nombre important de réponses reçues, ainsi que par leur diversité, confirmant donc qu’aujourd’hui la douleur et l’idée même qu’un nouveau-né puisse souffrir soient devenues intolérables. Par le biais de certaines réponses, de nombreux protocoles médicamenteux ou non médicamenteux

(fig. 1, 2)

72% Pourcentage d’hôpitaux ne possédant des protocoles Figure 1. On note qu’une majorité d’hôpitaux possèdent des protocoles validés ou non validés. Ce qui montre bien la prise de conscience de la douleur chez le nouveau-né.

Pourcentage de protocoles validés 48% 33%

19%

Pourcentage de protocoles en cours de validation

Pourcentage de protocoles non validés

Figure 2. En revanche, seul 33 % possèdent des protocoles validés. Il semble que la validation des protocoles demande du temps.

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Échelle d’évaluation de la douleur Utilisation d’antalgiques (Efferalgan pédiatrique le plus utilisé) Petits moyens (matelas ou coussin d’eau les plus utilisés) Médecines douces (osthéopathie la plus utilisée) Soins relationnels avec ou sans les parents

Échelle d’évaluation de la douleur Utilisation d’antalgiques (Efferalgan pédiatrique le plus utilisé) Petits et moyens (matelas ou coussin les plus utilisés) Médecines douces (osthéopathie, homéopathie, massages les plus utilisés) Soins relationnels avec ou sans les parents

28%

18%

47%

3% 54%

3% 4%

7%

18%

Figure 3. Cette question montre bien la diversité des moyens mis en place et la difficulté d’une prise en charge identique.

Figure 4. Cette question montre bien la diversité des moyens mis en place et la difficulté d’une prise en charge identique. Administration solution sucrée Échelle d’évaluation de la douleur Succion non nutritive EMLA Mise au sein avant et après prélèvements Soins relationnels avec parents Limitations prélèvements et soins Matériel adapté Médecine douce

Administration solution sucrée Échelle d’évaluation de la douleur Succion non nutritive EMLA Mise au sein avant et après prélèvements Soins relationnels avec parents Limitations prélèvements et soins Matériel adapté 2%

18%

3%

5%

1%

7%

7%

10%

4%

49%

3% 3%

49%

5% 23%

21%

5%

Figure 5. Procédures anti-douleur utilisées lors de la glycémie capillaire. 49 % utilise une solution sucrée. On peut noter la faible utilisation d’échelles d’évaluation.

Administration solution sucrée Échelle d’évaluation de la douleur Succion non nutritive EMLA Mise au sein avant et après prélèvements Soins relationnels avec parents Limitations prélèvements et soins Matériel adapté Médecine douce

Administration solution sucrée Échelle d’évaluation de la douleur Succion non nutritive EMLA Soins relationnels avec parents Limitations prélèvements et soins

8%

4%

3%

Figure 6. Procédures anti-douleur utilisées lors du guthrie. Même remarque que la figure 5. À savoir qu’actuellement de nombreuses équipes regroupent la guthrie avec d’autres prélèvements veineux.

9%

30%

4%

4%

2% 43%

4%

3%

38% 17%

Figure 7. Procédures anti-douleur utilisées lors de la ponction lombaire. La ponction lombaire étant un geste invasif, on remarque l’utilisation à 38 % de la crème ou patch EMLA®.

13% 19%

2%

Figure 8. Procédures anti-douleur utilisées lors des bilans sanguins. À l’inverse, l’utilisation du patch ou crème EMLA® n’est que de 13 % pour des gestes que l’on peut considérer comme invasifs.

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378 Administration solution sucrée Fait en ORL Pendant que le bébé dort Abolie Se fait rarement 19%

22%

15% 37%

7%

Figure 9. Procédures anti-douleur utilisées lots de la coupure du filet. Cette technique tend à disparaître (37 % + 19 %).

auprès de ces parents, les réponses furent nombreuses et variées, très intéressantes et très significatives (tableau II). Chiffres exprimés en pourcentage sur 100 personnes interrogées (fig. 10 à 15) SUGGESTIONS OU COMMENTAIRES CONCERNANT LA PRÉVENTION DES SOINS DOULOUREUX Suggestions et commentaires des parents concernant la prévention des soins douloureux Importance de la relation parent-bébé-soignant Beaucoup de douceur, lui parler, le câliner. Les contacts, les massages apaisent un bébé.

Les massages permettent de détendre, d’apaiser et de réconforter les liens avec notre bébé. Les voix douces, les câlins, le contact mère-enfant. La délicatesse, la douceur, le plaisir de faire son métier et le partager (relation parent-bébé-soignant). Le personnel soignant sait très bien comment réconforter, soulager bébé par des moyens relationnels et de confort. Être le plus doux possible avec nos nouveau-nés, leur parler, les rassurer. Le contact bébé-maman par le massage rassure, soulage et amoindrie la douleur avant et pendant les soins douloureux. En le massant, bébé retrouve l’abri du ventre de sa maman qui le rassurait et le protégeait de la douleur. Importance d’être informé Bien informer les parents, qui pourront à leur tour sécuriser et rassurer leur bébé. Informer les parents, leur expliquer pour qu’ils ne se sentent pas impuissants et qu’ils ne paniquent pas lorsque bébé souffre. Il existe une formation sur la préparation à l’accouchement, pourquoi une formation du même type sur la douleur du nourrisson (les bons gestes, self contrôle des parents, comment parler à leur bébé en cas de douleur…). Être informé, pouvoir assister les soignants afin de diminuer la souffrance de notre nouveau-né. Contrairement à ce que disent certains pédiatres, ils ressentent la douleur. Beaucoup d’attention par rapport aux enfants, mais aussi aux parents. Expliquer la nature des soins, le pourquoi, les conséquences… Il est important que les parents sachent en quoi consistent les soins, qu’on leur explique ce qui pourrait rassurer leur nouveau-né. Toujours prévenir l’enfant et ses parents, avant chaque soin douloureux, en lui parlant doucement et en essayant de ne pas montrer, ni lui communiquer notre stress.

Tableau II Enquête sur la douleur du nouveau-né en maternité. Que veut dire pour vous « nouveau-né » ? Par quel autre mot remplaceriez-vous le mot « douleur » ? Quels soins vous semblent-ils douloureux pour votre bébé ? Comment un nouveau-né exprime-t-il sa douleur ? Par quels moyens non médicamenteux vous parents, aimeriez-vous atténuer la douleur de votre bébé ? Par quels moyens nous soignants, pensez-vous que nous pourrions-nous aussi diminuer la douleur du bébé lors des soins douloureux ? Pensez-vous que par des moyens de conforts et de réconforts nous pourrions rassurer, soulager votre bébé avant et pendant les soins ? Si oui, lesquels ? Aimeriez-vous participer à ces soins avec le personnel soignant ? Avez-vous des suggestions ou commentaires par rapport à la prévention des soins douloureux ? Merci de remplir ce questionnaire pour améliorer le bien-être et le confort de votre bébé. L’équipe soignante.

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379 Que veut dire nouveau-né ? n = 100

38

Bébé, enfant, poupon, nourrisson Qui vient de naître, nouvelle vie, nouvel être, nouvelle naissance qui rentre dans la vie

35 40 30

16

11

20

Petit être fragile, faible Amour, joie, bonheur

10 0 Figure 10. On peut remarquer que pour les parents, un nouveau-né représente la vie d’un petit être fragile et faible.

Par quel mot remplaceriez-vous le mot « douleur » ? n = 100 49 50

Souffrance

Mal, sensation désagréable, avoir mal, être mal, mal être

34

40 30

17

20

Mécontentement, désagréable, inquiétude, peur inacceptable, misère, gêne, tristesse, déchirure

10 0

Figure 11. À 49 %, le mot douleur évoque la souffrance, le mal, une peur inacceptable.

Quels soins vous semblent-ils douloureux pour votre bébé ? n = 100

100 50 0

60

Prise de sang, piqûre au pied Soins du cordon Visite du pédiatre

16

9

9

6

Soins du nez, aspiration gastrique Le non respect du rythme du bébé

Figure 12. Avec 60 % des réponses, la douleur est toujours associée aux prises de sang. Cependant, nous fûmes très surprises de voir que le soin du cordon et la visite du pédiatre effrayent les parents.

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380 Comment un nouveau-né exprime-t-il sa douleur ? n = 100

En pleurant, criant, hurlant, des gémissements, grognon

55

100

26

19

En se tortillant, en tremblant, en sursautant pendant le sommeil

50

Mutisme, repli, pâleur, absence 0

Figure 13. Pour les parents, les pleurs sont systématiquement synonymes de douleur, mais parallèlement le mutisme lié à celle-ci les terrorise. Ils ont naturellement repéré les signes de la grille EDIN.

Par quels moyens vous parents, aimeriez-vous atténuer la douleur de votre bébé ? n = 100

100

52

18

16

8

3

3

0 Par les câlins, la douceur, la tendresse, les caresses, les massages, le contact, le peau à peau En lui parlant, voix douce, chaleur humaine, en chantant Le rassurer, le réconforter, le protéger, le consoler en étant présent lors de soins Avoir mal à sa place Médecine douce Médicaments antalgiques Figure 14. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les remèdes antalgiques avec seulement 3 % ne seraient plus le seul remède efficace pour remédier à la douleur. En revanche, 52 % des parents pensent pouvoir atténuer la douleur de leur bébé en étant présent pendant les soins et en leur apportant un réconfort permanent (par des câlins, des massages, en leur parlant …).

Par quels moyens nous soignants, pensez-vous que nous pourrions diminuer la douleur du bébé lors de soins ? N = 100 46 50

37 8

4

3

2

0 En lui parlant, lui expliquant ce qu’on lui fait, le rassurer, le mettre en confiance Gestes doux, affectueux, tendresse, douceur, massages, contact, environnement calme, musique Informer les parents et les faire participer aux soins Anesthésiants locaux Médicaments antalgiques Évaluation de la douleur

Figure 15. 46 % des parents désireraient que le personnel soignant diminue la douleur de leur bébé par des soins relationnels, de confort et par des échanges verbaux.

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381 Par quoi pourrait-on remplacer les médicaments pour soulager la douleur de votre bébé ? 43

34

50

13

8

2

0 Chaleur, contact, douceur, délicatesse, tendresse, affection, massage, peau à peau, environnement calme Réconforter, consoler, faire participer les parents et les informer sur les soins, être à l’écoute, accepter l’appréhension et la douleur du bébé Position antalgique, de confort, de réconfort, environnement calme, musique Médecines douces Anesthésiants locaux Figure 16. Idem à la question 5 et 6 : les parents préféreraient associer les remèdes antalgiques aux moyens thérapeutiques tels les massages, le peau à peau toujours avec leur participation pendant les soins.

Pensez-vous que les calins, les contacts peau à peau, les massages, les positions confortables rassureraient et soulageraient votre bébé avant et pendant les soins ? n = 100

58 100

28

14

0 Oui Absolument, biensûr, énormément, sans aucun doute, c’est évident et vérifiable Rassuré, réconforté, confiance

Figure 17. 58 % de « oui » et 28 % « d’absolument » résument bien la demande des parents de vouloir diminuer, soulager, au maximum la douleur du nouveau-né en maternité par le biais de moyens thérapeutiques et relationnels.

Trouver des solutions pour améliorer la prévention douleur Trouver une solution pour soulager la douleur sans médicaments. Continuer à faire des recherches pour mieux prévenir et diminuer la douleur. Nous pensons que l’on progresse de plus en plus vers la prise en charge de la douleur du nouveau-né. Nous faisons confiance au personnel soignant proche de nos enfants.

C’est assez difficile de se prononcer sur le sujet, nous faisons confiance au personnel soignant qui, nous pensons, normalement, doit recevoir une formation solide sur la douleur. Nous pensons qu’il est aussi très important d’optimiser l’information et la formation à l’ensemble des professionnels de santé qui sensibilisés et formés très tôt, permettra de mieux appréhender la complexité du phénomène « douleur », d’identifier et d’évaluer l’intensité de celle-ci.

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382 OBJECTIFS DE CE PROJET Réduire au maximum la douleur et ses effets en l’anticipant lors des procédures douloureuses Souhait d’élaboration de protocoles médicamenteux et non médicamenteux pour le service de maternité, incluant l’évaluation de la douleur par une échelle. Recommandations ANAES (accréditation 2005-2007). Propositions thérapeutiques et relationnelles, privilégier le confort aide à la parentalité, massages… Souhait de réflexions, de débats pour améliorer l’accueil, le confort et le bien être du nouveau-né.

4. Gray L, Watt L, Blass EM. Skin to skin contact is analgesic in healthy newborns. Paediatrics 200;105. Analyse commentée par Docteur Élisabeth Fournier-Charrière (Bicêtre). 5. Acolet D, Modi N, Giannakoulopoulos X, Bond C, Weg W, Clow A, Glover U. Changes in plasma cortisol and catecholamine concentrations in response to massage in preterm infants. Arch Dis Child 1993;68:29-31. 6. Mooncey S, Giannakoulopoulos X, Glover V, Acolet D, Modi N. The effect of mother-infant skin to skin contact on plasma cortisol and beta-endorphin concentrations in preterm new-borns. Infant Behav Dev 1997;20:553-7. 7. Bellieni CV, Bagnoli F, Perrones S, et al. Effect of multisensory stimulation on analgesia in term neonates: a randomised controlled trial. Dept Pediatr; Univ. Siena, Policlinico le Scotte V, le Bracci 36 ; 53100 Siena. ITA. Pediatric Res 2002;51:460-3. 8. Carbajal R, Veerapen S, Couder S, Lille Y. CHI Poissy-Saint-Germain-enLay. La douleur de l’enfant. Quelles réponses ? Neuvième journée, 2001. 9. Association ISIS. Association loi 1901. Centre Hosptialier de Saint-Quentin, BP 608, 02321 Saint-Quentin.

Privilégier l’harmonisation du lien « mère-enfant » reconnu depuis longtemps comme garant de la sécurité affective, psychologique de l’enfant Mise en place d’ateliers d’informations pour les parents et leurs bébés au sein de la maternité : c’est un lieu d’écoute, d’échange, de communication avec et entre les mères, les pères et leur bébé. L’association ISIS que nous venons de créer permet entre autre de soutenir ces ateliers [9]. CONCLUSION Supprimer toutes procédures douloureuses ou stressantes durant l’hospitalisation d’un nouveau-né en maternité est un but irréalisable. Impliquer chaque agent d’une équipe pluridisciplinaire dans la prise en charge de la douleur du nouveau-né, n’est pas toujours simple, chacun réagissant en fonction de sa propre connaissance sur le sujet, son ressenti personnel, son affectif et son désir de s’investir dans une telle démarche. Il faut laisser le temps au temps. Multiplier les échanges entre les équipes. Partager les expériences : la richesse des échanges permettra une harmonisation des pratiques qui nous semble indispensable pour une meilleure qualité de la prise en charge de la douleur. Si le besoin de prendre en charge la douleur du nouveau-né est maintenant une chose acquise, il reste néanmoins beaucoup de chemin à parcourir pour arriver à notre objectif : prévenir, diminuer, soulager au maximum la douleur du nouveau-né en maternité. ■

RÉFÉRENCES 1. Anand KJS, Hickey PR. Pain and its effects in the human neonate and foetus. N Eugl J Med 1987;317:1321-9. 2. Fresco O. Entendre la douleur du nouveau-né aux confins de l’oubli. Éditions Belin, 2004. 3. Brisman M, Ljung B.M, Otterbom I, Larson LE, Andreassons SE. Methoemoglobine formation after the use of EMLA® crezam in the neonates. Acta Paediatr 1998;87:1191-4.

Tirés à part : L. BLONDEAU, 132, rue du Languedoc, 02100 Harly.