Sédation de la douleur par le MEOPA

Sédation de la douleur par le MEOPA

Articles scientifiques Note brève Ann Dermatol Venereol 2004;131:71-2 Sédation de la douleur par le MEOPA A. URVOIS GRANGE L e MEOPA est administr...

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Articles scientifiques Note brève

Ann Dermatol Venereol 2004;131:71-2

Sédation de la douleur par le MEOPA A. URVOIS GRANGE

L

e MEOPA est administré au masque pour la sédation de la douleur principalement en gynécologieobstétrique et en pédiatrie. Il commence à être utilisé en dermatologie, en particulier pour le décapage d’ulcères de jambe. D’autres applications sont possibles par exemple en complément de l’anesthésie locale pour une biopsie cutanée ou une exérèse chez un sujet très inquiet ou chez des enfants. Cet intérêt en dermatologie justifie la courte mise au point suivante. Le MEOPA, ou mélange équimolaire oxygène-protoxyde d’azote, est utilisé depuis peu dans les services d’Urgences, et notamment pédiatriques, dans la prise en charge de la douleur, en curatif ou en préventif, avant certains traitements ou examens douloureux. Dénommé parfois gaz hilarant, le protoxyde d’azote a une action antalgique, anxiolytique et sédative. Le mélange équimolaire oxygène-protoxyde d’azote (50 p. 100 de N2O, 50 p. 100 de O2) provoque une analgésie profonde sans perte de conscience. C’est un gaz inodore, incolore, non inflammable. L’autorisation temporaire d’utilisation associée à un protocole d’utilisation thérapeutique et de recueil d’information a permis d’obtenir l’AMM le 17 novembre 2001 et ce mélange gazeux est devenu un antalgique commercialisé sous le nom de Kalinoxt.

Mécanisme d’action Le mécanisme d’action reste mal précisé, une participation des endorphines cérébrales (mécanisme « opioïde-like ») est probable. Ce n’est pas une anesthésie générale mais une sédation consciente. C’est un traitement original par son mode d’administration, efficace après 3 minutes d’inhalation et dont les effets disparaissent dans les secondes qui suivent l’arrêt de l’administration du produit.

Effets cliniques Deux effets majeurs sont observés : − un effet anxiolytique et euphorisant ; − un effet antalgique de surface. Une modification des perceptions sensorielles, auditives, visuelles ou une modification de la perception de l’environnement sont possibles. Service des Urgences Pédiatriques, CHU Tours, 37044 Tours Cedex. Tirés à part : A. URVOIS GRANGE, à l’adresse ci-dessus.

Les effets indésirables, nausées, vomissements, céphalées, sensations de malaise parfois chez certains grands enfants, sont plus fréquents si l’inhalation se prolonge plus de trente minutes. Ils sont parfaitement réversibles quelques minutes après l’arrêt de l’inhalation. Il est recommandé de garder en surveillance les patients 15 à 20 minutes après la fin de l’inhalation. Le MEOPA offre une meilleure sécurité quand il est utilisé seul : en effet, l’association à un psychotrope ou un opioïde majore le risque respiratoire.

Matériel et mode d’utilisation Le mélange équimolaire comporte une phase liquide et une phase gazeuse stockées sous pression dans une bouteille de 1 ou 4 m3, équipée d’un mano-détendeur relié à un ballon. L’application se fait par l’intermédiaire d’un masque naso buccal transparent. Pour son utilisation dans une structure de soins, il est nécessaire d’établir un protocole de bonne pratique et d’assurer la formation de tout le personnel susceptible de l’utiliser. Le médecin prescrit et peut ensuite déléguer à une personne précise et compétente la surveillance de l’utilisation dont la présence doit être permanente car le monitorage de cette technique est essentiellement clinique (l’indication d’une surveillance de la saturation en oxygène est discutée). Une aération régulière des locaux est recommandée, voire la dérivation des gaz expirés vers l’extérieur. Le MEOPA n’entraîne pas une anesthésie générale bien qu’utilisant un matériel identique. Le sujet reste vigilant, il n’y a pas de dépression respiratoire, ni altération hémodynamique et les réflexes laryngés sont conservés. L’inhalation doit être continue et d’une durée minimum de 3 minutes avant le début du geste. Elle peut être rendue plus ludique, en adaptant des masques parfumés, agrémentés de sifflets ou d’avions pour les plus jeunes (Association Sparadrap). Son efficacité est optimisée en présentant au patient le produit, le matériel et les modifications sensorielles induites. On doit favoriser au maximum l’auto-administration notamment chez l’enfant où la présence des parents est souvent une aide précieuse. Lorsque plusieurs tentatives d’actes douloureux ont précédé l’inhalation, l’échec du MEOPA est à prévoir. L’investissement initial est de l’ordre de 760 Euros. Le prix moyen pour une inhalation est de 4,50 Euros. 71

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A. URVOIS GRANGE

Indications

Contre indications

Il n’existe, actuellement, pas de restriction d’âge. D’une façon générale, tout geste ou soin invasif de courte durée (moins de 30 minutes) peut être effectué avec inhalation de MEOPA : − petite chirurgie avec anesthésie locale si nécessaire : suture, chirurgie superficielle, ablation de corps étranger, de drain, pansement ; − effraction cutanée : ponction lombaire, myélogramme, ponction veineuse ; − réduction de certaines fractures ou luxations, mobilisations pour un passage sur brancard ou pour examen radiologique ; − ablation d’aérateurs trans-tympaniques en ORL ; − cathétérisme vésical ; − soins dentaires chez certains enfants phobiques ou polyhandicapés.

Pour la plupart, elles résultent de l’expansion du gaz dans les cavités aériennes risquant d’aggraver les lésions initiales : − hypertension intracrânienne ; − traumatisme crânien avec altération de conscience ; − pneumothorax non drainé, bulles d’emphysème ; − distension gazeuse abdominale ; − fracture des os de la face.

Conclusion Le MEOPA ou Kalinoxt est un moyen analgésique et anxiolytique d’un grand intérêt de par sa rapidité et sa réversibilité d’action lors des gestes diagnostiques ou thérapeutiques douloureux. Il est devenu un outil supplémentaire indispensable dans la prise en charge de la douleur, notamment en pédiatrie. Ses applications en dermatologie sont nombreuses.

Séminaire de Dermatologie Pédiatrique Hôpital Necker-Enfants malades Vendredi 11 juin 2004 Lieu : Maison de la Chimie, 28bis rue Saint Dominique, 75007 Paris. Programme : Matinée : – Algodystrophies de l’enfant. J. Merckx. – Lichen de l’enfant. I. Morallon. – Gale chez le nourrisson, l’enfant et la femme enceinte, mise au point thérapeutique. O. Chosidow. – Mélanome de l’enfant. S. Fraitag. – Angio-œdème et naphylaxie. P. Scheinmann. – Top-ten. Les dix meilleurs articles récents en dermatologie pédiatrique. S. Hadj-Rabia, E. Mahé. Après-midi : Séance consacrée aux pathologies acquises des cheveux chez le nourrisson et l’enfant. – Démarche diagnostique devant une alopécie acquise du nourrisson et de l’enfant. F. Boralevi. – Pelade de l’enfant. C. Bodemer. – Tumeurs du cuir chevelu : du diagnostic à la chirurgie. D. Hamel-Teillac, S. Saoumma. – Dysplasie pilaires. M. Ribojade. – Cas cliniques. Renseignements et inscriptions : Colloquium SDPN 2004, 12 rue de la Croix Faubin, 75011 Paris. Tél. : 01 44 64 15 15. Fax : 01 44 64 15 16 17.

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