Une tumeur vésicale

Une tumeur vésicale

Rec¸u le : 28 avril 2012 Accepte´ le : 30 aouˆt 2012 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com Quel est votre diagnostic ? S. Allal*, F. Manta...

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Rec¸u le : 28 avril 2012 Accepte´ le : 30 aouˆt 2012

Disponible en ligne sur

www.sciencedirect.com

Quel est votre diagnostic ? S. Allal*, F. Mantagui, F.Z. Gueddari, A. El Quessar, M.M. Cherkaoui

Une tumeur ve´sicale

Service de radiologie, hoˆpital universitaire Cheikh Zaid, Rabat, Maroc

Observation Un patient est aˆge´ de 81 ans, hypertendu, consulte pour une he´maturie macroscopique et une pesanteur pelvienne. Une

e´chographie abdomino-pelvienne (fig. 1) puis un uro-scanner (fig. 2 et 3) sont re´alise´s, ils objectivent un processus ve´sical. Une cystoscopie et une TDM thoraco-abdominale sont re´alise´s dans le cadre d’un bilan d’extension.

* Auteur correspondant. e-mail : [email protected]

Figure 1. Processus tumoral du bas fond ve´sical bourgeonnant, hypere´choge`ne et he´te´roge`ne.

0181-9801X/$ - see front matter ß 2012 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s. http://dx.doi.org/10.1016/j.frad.2012.08.005 Feuillets de radiologie 2012;52:338-341

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Figure 2. Uro-scanner en coupe axiale, au temps veineux, passant par la vessie.

Figure 3. TDM en coupe axiale en temps excre´toire tardif, passant par la vessie.

Quel est votre diagnostic ?

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S. Allal et al.

Diagnostic Tumeur neuro-endocrine (TNE).

Analyse radiologique L’e´chographie abdomino-pelvienne (fig. 1) montre un processus tumoral du bas fond ve´sical bourgeonnant, hypere´choge`ne et he´te´roge`ne, mesurant 3,6  2,4 cm, a` large base d’implantation. La vessie est de capacite´ re´duite. L’uro-scanner au temps veineux (fig. 2) et au temps excre´toire tardif (fig. 3) montre un e´paississement circonfe´rentiel de la vessie pre´dominant en poste´rolate´ral droit, e´pargnant les me´ats ure´te´raux, sans retentissement sur le haut appareil, ni d’envahissement de la graisse ure´te´rale. Le bilan d’extension thoraco-abdominale ne re´ve´lait pas d’anomalies. A` la cystoscopie, plusieurs localisations tumorales infiltrantes, late´rale droite, trigonale et re´tro-trigonales ont e´te´ note´es. Une re´section biopsique endoscopique de la tumeur, et une biopsie trans-ure´trale ont e´te´ re´alise´s. L’analyse histologique de la biopsie de´montre une TNE a` petites cellules peu diffe´rencie´es infiltrantes de la vessie.

Discussion Les tumeurs neuro-endocrines sont un groupe de tumeurs compose´es de cellules ayant un phe´notype commun caracte´rise´ par l’expression de marqueurs prote´iques ge´ne´raux et de produits de se´cre´tion hormonale. Ils se localisent pre´fe´rentiellement au niveau des poumons et de l’appareil digestif, la localisation ve´sicale n’en repre´sente que 0,5 % [1,2]. Le cancer ve´sical est un carcinome urote´lial dans 90 % [3,4]. Les tumeurs non urote´liales tel le carcinome squameux et l’ade´nocarcinome repre´sentent 10 % des tumeurs ve´sicales [3], la TNE n’en repre´sente que moins de 0,5 % [1,2], avec un sex-ratio G/F = 2/1 et une pre´dominance a` la septie`me et la huitie`me de´cade [1,5]. Les TNE sont de deux types a` petites cellules (200 cas rapporte´s dans la litte´rature [1]) et a` grandes cellules rares (neuf cas rapporte´s [1]). Souvent mixtes e´mergeant au sein d’un carcinome urothe´lial [1]. L’histogene`se des TNE primitives de la vessie est mal connue, e´tant donne´ l’absence de cellules du syste`me neuro-endocrine diffus. Deux hypothe`ses sont avance´es [1] ;  transformation de cellules souches de l’urothe´lium ;  me´taplasie de la muqueuse urothe´liale normale, ou de´diffe´renciation d’un carcinome a` cellules transitionnelles de haut grade. Le tabagisme est un facteur de risque, rapporte´ dans 50 a` 70 % des cas [3,6].

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Les TNE sont ge´ne´ralement de haut grade de malignite´ et de plus mauvais pronostic que le carcinome urote´lial, du fait de leur haut potentiel me´tastatique [1,5,7]. Le diagnostic est en ge´ne´ral tardif [2,3,7], 70 % des cas en stade T3, et 16 % en T4 [3,3,5]. Sur le plan clinique, dysurie, douleur abdominal, amaigrissement, syndrome obstructif peuvent eˆtre des signes d’appel du cancer ve´sical, mais l’he´maturie douloureuse en constitue le signe principal (67a` 100 % des cas) [3,6]. L’aspect radiologique de la TNE de vessie a e´te´ peu de´crit parmi les cas rapporte´s dans la litte´rature ; cependant, il ne semble pas diffe´rent du carcinome urothe´lial [5]. Il s’agit souvent d’une masse tissulaire a` limites irre´gulie`res et a` de´veloppement endo-luminal, nodulaire ou papillaire ou sous forme d’un e´paississement parie´tal localise´ au de´but diffus et irre´gulier au stade avance´. Le carcinome neuro-endocrine a` petites cellules de la vessie obe´it a` la meˆme stadification TNM [8–10]. Il se pre´sente sous forme de stade I dans 0 a` 5 % des cas, stade II dans 27 a` 44 %, stade III dans 24 a` 30 %, et stade IV dans 27 a` 43 % des cas [10]. L’imagerie n’est pas spe´cifique et la confirmation est histologique. Il faut cependant e´liminer la localisation ve´sicale d’une TNE extra-ve´sicale principalement bronchique [5,10]. Les modalite´s the´rapeutiques ne sont pas bien de´finies en raison de la rarete´ de ces tumeurs. La chimiothe´rapie (cisplatin) constitue la base du traitement, la cystectomie partielle, totale ou cystoprostatectomie associe´ a` la chimiothe´rapie pour les formes localise´s, et la radiothe´rapie en cas de contre-indication de la chimiothe´rapie [3,6].

Conclusion La TNE ve´sicale est exceptionnelle. Le diagnostic radiologique est facile, cependant, la caracte´risation anatomopathologique est indispensable [5] et constitue une surprise diagnostic. De diagnostic tardif et traitement non codifie´, c’est une tumeur a` pronostic sombre [1,2,5].

De´claration d’inte´reˆts Les auteurs de´clarent ne pas avoir de conflits d’inte´reˆts en relation avec cet article.

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